Les photos de New Horizons dévoilent les mystères de Pluton

PLANETOLOGIE L'envoyée de la Nasa autour de Pluton a fait parvenir un premier paquet de données récoltées lors de son survol de la planète naine…

Nicolas Bégasse

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Des montagnes sur Pluton aperçues par New Horizons le 14 juillet 2015.
Des montagnes sur Pluton aperçues par New Horizons le 14 juillet 2015. — NASA/JHU APL/SwRI

« Aujourd’hui, nous avons reçu un premier échantillon des trésors scientifiques collectés durant [le survol de Pluton par New Horizons], et je peux vous dire que cela surpasse largement toutes nos espérances », s’enthousiasmait mercredi soir le directeur des missions scientifiques de la Nasa. Parce que ce survol est inédit et historique, prenons le temps d’ouvrir ce coffre au trésor et voyons ce qu’il a dans le ventre.

Un glaçon haut de 3,5 km

Parmi le petit paquet de données dévoilées mercredi soir, une photo en particulier retient l’attention : un zoom sur une région équatoriale de Pluton de 250 km de large, couverte de montagnes – des structures qu’on ne s’attendait pas à trouver là. Et si Pluton est petite, les montagnes, elles, en imposent, culminant à 3.500 m d’altitude. Le méthane et l’azote qui recouvrent Pluton n’étant pas assez solides pour former de tels sommets, on pense que ces montagnes sont constituées d’une glace composée d’eau – un phénomène permis par les températures extrêmement froides régnant sur ce corps très éloigné du Soleil.

Une activité inexpliquée

Sur cette photo zoomée, le plus étonnant n’est pas ce qu’on voit, mais ce qu’on ne voit pas. Pluton est une vieille planète perdue dans la ceinture de Kuiper, une zone remplie de débris qui la bombardent régulièrement et sont censés laisser de nombreux cratères. Alors où sont-ils, ces cratères ? Avec quelle énergie la planète est-elle parvenue à les « gommer » ? Si la question est posée, c’est parce que Pluton est censée être morte. Formée peu après la naissance du Système solaire, elle n’a pas pu conserver la chaleur de l’impact géant l’ayant créée, elle et sa lune Charon. Et ces deux-là ne sont pas soumises à un réchauffement par effet de marée. Du coup, pour expliquer l’activité des deux corps, les scientifiques évoquent tour à tour la radioactivité, un océan souterrain ayant conservé une chaleur vieille de milliards d’années, ou de la neige qui cacherait les cratères manquants. La vérité, c’est que pour l’instant, on n’en sait rien.

Un pôle noir

A peine moins grosse que Pluton, Charon s’est à son tour dévoilée dans un cliché inédit envoyé mercredi par New Horizons. « On y voit une vaste zone foncée au pôle nord, qu’on a surnommé le Mordor, il y a des falaises, des canyons dont un [en haut à droite sur l’image] fait probablement 10 km de profondeur », détaille Cathy Olkin, directrice adjointe de la mission. Comme Pluton, Charon semble avoir une surprenante activité géologique – en témoignent l’absence de cratères et la diversité des reliefs. Quant au « Mordor », il pourrait n’être qu’une couche de matériau sombre, peut-être le résultat de gaz éjectés par Pluton et s’étant déposés sur sa lune.

La lune de Pluton, Charon, photographiée par New Horizons. - NASA-JHUAPL-SwRI

Une hydre aux 111 pixels

Pluton a quatre autres lunes, très petites : Nix, Styx, Kerberos et Hydra. Pour l’instant, seule cette dernière se dévoile en image… ou plutôt en pixels. Un amas de 111 pixels, exactement, qui laisse deviner en louchant un peu une forme très irrégulière et de nombreux reliefs. Les scientifiques ajoutent que l’objet fait 43 km sur 33 km, qu’il est sans doute recouvert de glace d’eau, et qu’ils attendent de toute façon les prochaines données pour livrer d’autres détails. Prochains arrivages : ce vendredi, et le vendredi d’après. Au total, il faudra seize mois pour que New Horizons finisse de communiquer toutes les données collectées pendant ses quelques heures de vol à 12.500 km de Pluton.