Et si Pluton redevenait une «vraie» planète ?

ASTRONOMIE A l’occasion de son survol par la sonde New Horizons, certains reviennent sur le statut de ce qui n’est plus, depuis neuf ans, qu’une planète naine…

Nicolas Bégasse

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Drapeaux américains brandis pour saluer le succès de New Horizons le 14 juillet 2015 à Laurel, Maryland.
Drapeaux américains brandis pour saluer le succès de New Horizons le 14 juillet 2015 à Laurel, Maryland. — NASA/Bill Ingalls

« Les Etats-Unis sont la première nation à avoir visité toutes les planètes du Système solaire. » Elle n’a l’air de rien, mais cette phrase, prononcée par l’administrateur de la Nasa Charles Bolden à l’occasion du survol de Pluton par la sonde américaine New Horizons ce mardi, est presque polémique. Car si les Etats-Unis viennent bien de marquer une nouvelle étape de l’exploration du Système solaire, ce n’est pas une planète qu’ils ont visitée. C’est une planète naine.

Une blessure encore fraîche

La perte de statut de 9e planète par Pluton en 2006 est une blessure encore fraîche pour les Américains, que certains viennent titiller à l’occasion du succès de New Horizons. « Nous disons que Pluton est une planète, même si techniquement c’est une planète naine. Je l’appelle planète, mais ce n’est pas moi qui décide », a insisté Charles Bolden.

Le principal chercheur en charge de la mission New Horizons, Alan Stern, est quant à lui connu pour sa défense véhémente de Pluton en tant que « vraie » planète. « L’Union astronomique internationale (UAI) s’est vraiment rendue ridicule avec cette décision », confiait-il à Space.com à l’occasion du cinquième anniversaire de la fameuse décision de l’UAI, en charge de la nomenclature des corps célestes depuis près de cent ans.

Il faut dire que le timing avait été dur pour les Etats-Unis. En janvier 2006, la sonde New Horizons quittait la Terre direction Pluton, dernière planète de notre système. Mais quelques mois plus tard à peine, en plein cœur de l’été, l’UAI décidait d’exclure Pluton du club des planètes. A peine partie, New Horizons s’envolait vers ce qui n’était plus qu’une planète naine. Un affront pour les Etats-Unis, pour qui Pluton a une valeur sentimentale : c’est la seule planète qu’ils avaient découverte, en 1930.

La discorde Eris

Mais l’UAI n’avait pas le choix : depuis le début des années 90, plusieurs centaines d’objets transneptuniens, proches de l’orbite de Pluton, avaient été découverts. Jusqu’à la nuit fatidique du 21 octobre 2003, où un autre de ces objets était trouvé : Eris, un corps supposé être à la fois plus gros et plus massif que Pluton, et muni de sa propre lune. C’est le coup de trop : si Pluton est une planète, Eris aussi… et, au fil des découvertes, combien d’autres encore ? Une nouvelle définition est mise en place fin août 2006 : pour être une planète, il faut être à peu près rond, en orbite autour du Soleil et avoir nettoyé le voisinage de son orbite. C’est ce dernier point qui exclut Pluton de la cour des grands.

Pour certains, cette définition est arbitraire. De plus, comme on le sait depuis mardi, Pluton est en fait bel et bien plus grosse qu’Eris – et que les autres planètes naines trouvées depuis. Alors, pourrait-elle retrouver son statut ? Pour l’UAI, c’est un « non » catégorique. Contacté par e-mail, son secrétaire général Thierry Montmerle n’encourage pas à rouvrir un débat « qui est plus américano-américain qu’autre chose ».

« Sa taille (plus petite que la Lune), son inclinaison importante sur le plan de l’écliptique et son excentricité élevée montrent d’emblée qu’elle n’appartient pas à la même famille que les autres planètes du Système solaire », détaille-t-il. Et de trancher : « Le statut de Pluton est définitif. »