Se faire plaisir avec les impôts

Yaroslav Pigenet

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Clichés IRM montrant les zones du cerveau activées lorsque le sujet envisage de reverser une fraction de ses gains (donation ou taxe).
Clichés IRM montrant les zones du cerveau activées lorsque le sujet envisage de reverser une fraction de ses gains (donation ou taxe). — Jack Liu/UO Department of Economics

Certains n’y voient qu’un mal nécessaire, mais en fait, payer des impôts peut aussi procurer un plaisir « instinctif ». C’est ce que viennent de mettre en évidence trois chercheurs de l’Université de l’Oregon en analysant les clichés IRM d’une vingtaine de participants à une expérience de psychologie. L’équipe pense que cette méthode permet également de prédire qui est le plus susceptible de donner à des œuvres de charité

Etudiantes taxées

Pour leur expérience, l’économiste William Harbaugh et ses collègues de l’Université de l’Oregon (Etats-Unis) ont recruté 19 étudiantes à qui ils ont remis la somme de 100$ en leur précisant qu’elles devraient reverser une partie de cette somme sous forme de taxes. Les sujets s’installaient dans un caisson IRM et étaient invitées à lire des scénarii fiscaux dans lesquels le taux de taxation variait entre 0 et 45%.

Une taxe pour récompenser le cerveau

Les chercheurs ont constaté qu’à chaque fois qu’un sujet lit un scenario de taxation, les clichés IRM de son cerveau montrent une activation de deux centres « de la récompense », le noyau caudé et le noyau accumbens.

L’équipe a ensuite réitéré l’expérience en présentant des scenarii qui ne parlaient plus de taxe mais de donation à des œuvres. L’analyse des clichés IRM montre une activation encore plus marquée des deux circuits de la récompense lorsque le sujet envisage de faire la charité. Ces travaux sont publiés aujourd’hui dans la revue Science.

Darwin contre Poujade

Pour Harbaugh, ces résultats permettent d’expliquer pourquoi le principe des prélèvements obligatoires est aussi généralement accepté, malgré les contraintes qu’il implique. Selon cet économiste, les gens prennent plus de plaisir qu’ils ne veulent bien l’admettre à contribuer financièrement à la vie de la société ; à plus forte raison quand la contribution est volontaire (don), et non obligatoire (impôts). Cet altruisme « financier » pourrait avoir été sélectionné par l’évolution car il favorise une meilleure cohésion des groupes humains.

Généreux contribuables
En effet, Harbaugh et ses collègues se sont aperçu qu’ils pouvaient également prédire le degré de générosité des sujets à partir de leurs réponses aux scenarii fiscaux. Lorsqu’on leur proposait, en fin d’expérience, de céder (ou non) une partie de leurs gains à une œuvre, les 10 étudiantes dont les centres de la récompense étaient les plus activés par la perspective d’être taxées ont donné deux fois plus souvent que les autres. Les amatrices d’impôts ont donné en moyenne 17$, contre 10$ pour les « poujadistes ».