Solar Impulse: «Le départ de cette étape est la décision de notre vie»

INTERVIEW Bertrand Piccard, le pilote et concepteur de Solar Impulse, revient pour « 20 Minutes » sur la nouvelle étape de l’avion solaire, qui survole le Pacifique...

Propos recueillis par Anissa Boumediene

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L'avion Solar Impulse le 28 juin lors de son départ de Nagoya au Japon vers Hawaï.
L'avion Solar Impulse le 28 juin lors de son départ de Nagoya au Japon vers Hawaï. — NEWSCOM/SIPA

A bord du Solar Impulse, André Borschberg « ne s’ennuie pas du tout », même si « les conditions de vol sont dures à 6.250 mètres au-dessus du Pacifique ». Après un arrêt imprévu d’un mois au Japon, le pilote suisse a repris les commandes de l’avion solaire, direction Hawaï, à cinq jours et près de 8.000 kilomètres de vol. Son compatriote Bertrand Piccard, concepteur du projet Solar Impulse et second pilote en alternance, revient pour 20 Minutes sur cette nouvelle étape.

Le départ lundi du Solar Impulse semble un peu précipité après l’atterrissage forcé de l’avion il y a un mois au Japon. Comment avez-vous décidé de repartir ?

Nous avons eu une fenêtre météo parfaite et on s’est lancés. Bien sûr, nous y avons énormément réfléchi, André et moi en avons beaucoup parlé : c’était la décision de notre vie. D’autant qu’il y avait beaucoup d’inconnues après cet arrêt forcé, entre le mouillage de l’avion lors de l’atterrissage à Nagoya et l’aileron endommagé qu’il a fallu réparer.

C’est pour cela que nous avons décidé de ne communiquer que lorsque l’avion aurait atteint son point de non-retour au-dessus du Pacifique, surtout après avoir annulé le décollage du Solar Impulse la semaine dernière. Les dix premières heures après le décollage ont été très intenses et très stressantes. Maintenant nous sommes confiants, mais le plus dur reste à faire.

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Vous avez déclaré que ce fameux point de non-retour était aussi celui de l’ensemble du projet. Un retard ou un contretemps supplémentaires auraient pu compromettre définitivement Solar Impulse ?

D’après nos évaluations, l’avion n’aurait pas pu repartir après le 5 août, pour des questions de météo mais aussi de longueur du jour, pour assurer l’autonomie de l’appareil. Donc forcément, plus le temps passe avec l’avion au sol et plus le projet est hypothéqué.

Ce retard nous a beaucoup inquiétés. Si nous étions restés au Japon après n’avoir parcouru que 8.000 kilomètres sur les 35.000 prévus, ce tour du monde aurait été compromis. Notre crédibilité, celle de l’équipe et celle de l’avion, et finalement toute l’initiative Solar Impulse auraient été remises en cause.

Comment décidez-vous lequel de vous deux prend le départ d’une étape ?

Nous nous répartissons les étapes en fonction de nos compétences respectives. André est un pilote d’avion chevronné, donc c’était logique qu’il assure cette longue étape vers Hawaï, pour qu’il montre aussi ce dont Solar Impulse est capable.

Quant à moi, qui ai davantage un profil d’explorateur, je survolerai l’Atlantique, comme Lindbergh en son temps. C’est un symbole fort.

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Quand espérez-vous boucler ce tour du monde et qu’est-ce que cela représenterait pour vous ?

L’atterrissage est prévu vendredi soir à Hawaï. Il faut ensuite assurer la maintenance technique de l’avion et avoir de bonnes conditions météo, puis je prendrai le relais. Si nous rallions l’Europe avant le 10 août, nous pourrions boucler le tour du monde à Abu Dhabi à la fin du mois d’août.

Le sens de Solar Impulse est de montrer que l’on peut accomplir l’impossible en créant des technologies qui fournissent une énergie propre. Vous imaginez, arriver à voler perpétuellement avec un avion sans carburant, en autonomie illimitée ! Ce projet montre ce qu’il est possible de faire, avec aussi des applications au sol : le but est d’atteindre l’efficience énergétique.