Kenya: Découverte des plus anciens outils de pierre

ARCHEOLOGIE Jusqu’à présent, les plus anciens outils connus dataient de 2,6 millions d’années...

20 Minutes avec agences

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Des pierres taillées, vieilles, de 3,3 millions d'années ont été découverts en mai 2015 près du Lac Turkana au Kenya
Des pierres taillées, vieilles, de 3,3 millions d'années ont été découverts en mai 2015 près du Lac Turkana au Kenya — AP/

Il y a 3,3 millions d’années, nos ancêtres taillaient déjà des outils. L’information, relayée ce mercredi dans la revue Nature, fait suite à la trouvaille d’anciennes pierres taillées à l’ouest du lac Turkana au Kenya.

Des outils 500.000 ans plus anciens que les premiers restes de nôtre ancêtre

Dans les faits, la découverte, qui recule de 700.000 ans l’apparition des premiers outils de pierre utilisés par le genre humain : jusqu’ici les plus anciens instruments, découverts sur le site de Gona (Ethiopie), dataient, jusqu’ici, de 2,5 millions d’années. Ces nouveaux vestiges sont également 500.000 ans plus anciens que les premiers restes du genre Homo, notre ancêtre direct.

« Notre découverte réfute l’hypothèse de longue date selon laquelle Homo habilis a été le premier fabricant d’outils » explique Sonia Harman, archéologue française et chercheuse au CNRS, en charge de la coordination des fouilles. En effet, jusqu’à maintenant, les scientifiques considéraient que les Australopithèques étaient capables d’utiliser des outils mais incapables de les fabriquer.

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Lucy aurait pu fabriquer ces outils

En outre, l’étude précise qu’il reste également à définir quelles espèces d’hominidés ont pu les fabriquer. La chercheuse ouvre des pistes : « Dans la région où nous travaillons, des restes d’un homininé majeur ont été mis au jour en 1999 et publiés en 2001 dans la revue Nature. Il s’agit de Kenyanthropus platyops dont les restes ont été découverts à quelques centaines de mètres de notre site archéologique et en association chrono-stratigraphique (même période géologique). Kenyanthropus platyops pourrait donc être un bon candidat pour la fabrication de ces outils ».

« Notre découverte correspond également chronologiquement à Lucy, puisque ce célèbre fossile d’Australopithecus afarensis est daté autour de 3,2 millions d’années. Lucy pourrait donc figurer parmi la liste des candidats potentiels. Il y a d’ailleurs quelques années, des collègues travaillant en Ethiopie ont publié la découverte d’os fossiles présentant des marques de découpe datant de 3,4 millions d’années. Le seul homininé présent alors dans la région était Australopithecus afarensis », indique la Sonia Harmand.

Découper la viande ou avoir accès aux os

Ces nouveaux instruments mis au jour sont en majorité des blocs de lave, lourds et volumineux servant d’enclume, des percuteurs, des éclats ou des nucléus (des blocs de pierre débités pour produire des éclats ou des lames). Deux méthodes auraient été utilisées par les premiers hommes : d’un côté, la technique dite « sur enclume » (le bloc est maintenu sur l’enclume par une main pendant que l’autre utilise le percuteur pour frapper et obtenir des éclats tranchants) et de l’autre, celle dite « sur percuteur dormant » (le bloc à tailler est directement percuté sur l’enclume).

Selon le CNRS, la grande variété des objets trouvés montre clairement que l’intention de ces hominidés était de créer des outils. Bien qu’il soit difficile d’expliquer précisément le mode de vie et les comportements des premiers hommes, Sonia Harmand pense que ces outils auraient pu servir à découper de la viande (pour les éclats tranchants) ou à avoir accès à la moelle des os (pour les plus gros blocs) mais nuance en affirmant « qu’à ce stade des recherches, il est trop tôt pour en dire plus ».