Pierre-Gilles de Gennes est mort

SCIENCE Le physicien français lauréat du Prix Nobel de Physique en 1991, est décédé vendredi à l'âge de 74 ans.

M.N avec AFP

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En 1991, l'Académie des sciences de Suède qui lui décerne le Prix Nobel de Physique le qualifie «d'Isaac Newton de notre temps». Pierre-Gilles de Gennes refuse les louanges en les rangeant dans la case du «lyrisme nordique des académiciens suédois». Une modestie qui sera, avec la pédagogie, une des «marques» du scientifique français, décédé vendredi à l'âge de 74 ans.

Une enfance à Barcelonnette

Né à Paris en 1932, Pierre-Gilles de Gennes passe son enfance à Barcelonnette, dans les Alpes-de-Haute-Provence, où sa mère l'éduque elle-même – son père meurt quand il a neuf ans – jusqu'à la classe de cinquième. Avant de le retirer du lycée à la fin de la troisième, en l'engageant à parfaire sa «culture générale» dans les allées du Louvre.

A vingt-trois ans, alors qu'il vient de sortir de l'Ecole normale supérieure, il étudie à Saclay le magnétisme dans les laboratoires du Commissariat à l'énergie atomique.

Passionné par les cristaux liquides

Sujet qu'il délaisse rapidement pour le «monde tout à fait extraordinaire des matériaux», avant de s'engager dans l'étude des cristaux liquides, «cette phase cristalline sensible de la nature» observée depuis une centaine d'années.

En 1976, Pierre-Gilles de Gennes prend la direction de l'Ecole de physique et chimie industrielles de la ville de Paris. Une fonction qu'il quitte en 2002.

En 1968, les étudiants sont dans la rue et Pierre-Gilles de Gennes dans son laboratoire. La révolution estudiantine est en marche sous ses fenêtres mais son esprit est rivé aux atomes. En quelques mois, raconte-t-il, «nous avons eu la chance de pouvoir monter (…) six ou sept équipes à Orsay qui, chacune dans leur domaine, ont accepté de travailler ensemble sur les cristaux liquides.» Résultat : deux ans plus tard, la France «avait un rôle de leader dans ce domaine (…) Moi, dans l'histoire, j'étais une espèce de mouche du coche».

Ouvrir les laboratoires à l'industrie

Une contribution qui lui vaut de devenir le dixième physicien français couronné par un Nobel. L'homme que ses amis appellent «PGG» essaie constamment d'ouvrir ses laboratoires vers les entreprises. L'application des découvertes à l'échelle industrielle est une nouveauté dans le paysage scientifique, une nouvel manière de faire la science dont il se fait le héraut. Une nouveauté dans le paysage scientifique français

Expérience scientifique comme leitmotiv

L'existence de scientifique du Nobel de physique est toujours tourné vers l'explication par l'expérience. Un exemple : pour démontrer les propriétés des cristaux il n'hesite pas à chauffer quelques kilos de sable dans une poêle. Et ce en direct sur un plateau télé lors de l'émission «Apostrophe» de Bernard Pivot.

Alors qu'il vient à peine de décrocher le fameux nobel,à Stockholm, Pierre-Gilles de Gennes décide d'entamer à son retour en France une tournée marathon pour aller à la rencontre des élèves de cent cinquante établissements scolaires.

L'aventure du pédagogue et découvreur des secrets de la matière a pris fin à vendredi 18 mai, à Orsay.