25 ans d'Hubble: «Lui seul avait la puissance pour découvrir l'énergie noire»

INTERVIEW Olivier La Marle, du Cnes, fait le bilan du précieux travail du télescope, qui fête ses vingt-cinq ans…

Propos recueillis par Nicolas Bégasse
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Une galaxie observée par le télescope spatial Hubble.
Une galaxie observée par le télescope spatial Hubble. — SIPANY/SIPA

Cela fait vingt-cinq ans qu’il orbite autour de nos têtes et fait découvrir à l’humanité de quoi l’univers est fait. Alors que Hubble fête vendredi son quart de siècle, 20 Minutes a demandé à Olivier La Marle, coordinateur des programmes astrophysiques au Centre national d'études spatiales (Cnes), de dresser un bilan des exploits du télescope spatial, dont on connaît déjà le successeur: le James-Webb, qui sera lancé en 2018.

Si l’on devait résumer vingt-cinq ans de travaux de Hubble…

C’est difficile de faire ressortir une avancée de Hubble en particulier. C’est un laboratoire généraliste, qui a à la fois servi à la détection de galaxies très anciennes, datant du premier milliard d’années de l’univers, et à prendre des photos des planètes de notre Système solaire.

Quel est le pas le plus significatif que l’on a pu franchir grâce à Hubble?

S’il y a un résultat spécifique, qui est le plus chargé de conséquences pour les scientifiques, c’est l’énergie noire. On savait depuis les années 1930 que l’univers est en expansion, les galaxies s’éloignent les unes des autres comme si l’univers était un ballon que l’on gonfle. Mais on pensait que cette expansion allait en se ralentissant. Or la vitesse d’éloignement des galaxies proches semble s’accélérer par rapport aux galaxies plus anciennes. Cette accélération inattendue est due à quelque chose qu’on a appelé énergie noire, un nom qui traduit bien le fait qu’on n’a aucune idée de ce que c’est. C’est en observant des supernovae à la fois proches et lointaines qu’on a fait cette découverte, une observation que seul Hubble avait la puissance de faire.

>> A voir par ici: Notre diaporama des plus belles photos prises par Hubble

Une puissance que va dépasser le télescope James-Webb, lancé en 2018?

Le James-Webb a été conçu pour aller plus loin que Hubble, et regarder des astres encore plus anciens. Les premières galaxies de l’univers ont émis une lumière qui nous arrive très faible, avec une longueur d’onde qui se situe essentiellement dans l’infrarouge, et qui échappe à Hubble. Le James-Webb aura des instruments qui sont dans l’infrarouge: il sera braqué dans des zones assez sombres de l’univers, et là on pourra capter les premières lueurs des premières galaxies formées après le Big Bang.

Voici Hubble, en orbite basse autour de la Terre. (c) REX Shutterstock/REX/SIPA

Quels seront ses objectifs, que n’a pu remplir Hubble?

Il aura comme autre objectif, très excitant pour la communauté scientifique, l’étude des exoplanètes, à laquelle Hubble a d’ailleurs participé. La première exoplanète a été découverte dans les années 1990, depuis on a fourni beaucoup d’efforts pour en détecter d’autres et aujourd’hui, on en connaît quelques milliers. Et au-delà de leur détection, on aimerait savoir à quoi elles ressemblent. Le projet de s’y rendre est trop pharaonique, du coup on a trouvé plus malin. Quand les planètes ont la bonne idée de passer devant leur étoile, leur atmosphère en filtre la lumière. En analysant cette lumière, on saura peut-être ce qui l’a filtrée, et donc deviner la composition de l’atmosphère des exoplanètes.

Au bout, il y a aussi la volonté de trouver la vie sur ces planètes?

La découverte de la vie ailleurs que sur Terre est un leitmotiv puissant, qui aide à monter des projets audacieux. Mais ce sera difficile, car les traces de vie que l’on détecte à travers ce qu’elles laissent dans l’atmosphère risquent d’être ténues. Et il faut savoir de quelles traces de vie on parle: ce n’est pas parce qu’on détecte du méthane que ça signifie la présence de vie. Avant de se préoccuper de ça, on a déjà tout à comprendre de la formation des planètes et des systèmes planétaires –j’ai envie de dire: «Pour l’instant, on n’a rien compris.» Même chose pour la formation des étoiles, que le télescope James-Webb, en observant les nébuleuses, va nous aider à mieux comprendre.