Google et votre smartphone vous font (faussement) croire que vous êtes malin

PSYCHOLOGIE En ayant un accès très facilité aux savoirs présents sur le Web, on tend à surestimer ses propres connaissances, et ce n'est pas près de s'arranger...

N.Bg.

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Illustration: De jeunes gens utilisent leur smartphone.
Illustration: De jeunes gens utilisent leur smartphone. — Luca Bruno/AP/SIPA

Au détour d’une conversation, le nom d’un acteur vous échappe, la date d’un événement ne vous revient pas, vous ne savez plus comment dire tel ou tel mot en anglais: pas de souci, en dégainant votre portable, d’un coup de recherche Google, la réponse vous apparaît. Cet accès facilité à la connaissance, des chercheurs en psychologie de l’université de Yale l’ont étudié. Et de leur propre aveu, ils ont été surpris des résultats, publiés mardi dans le Journal of Experimental Psychology.

Avec l’aide de plus de 1.000 étudiants volontaires, les chercheurs ont étudié l’impact de ce «mode recherche» sur la perception de notre propre cerveau. Une des neuf expériences menées a vu un groupe d’étudiants scindé en deux: le premier devait faire une recherche Google sur quatre questions (comment fonctionne une braguette, par exemple), et choisir le site Web qui, pour chacune, leur paraissait le plus pertinent. Le second groupe recevait la copie exacte du texte présent sur ce site, sans avoir besoin de chercher.

Même vaine, une recherche fait gonfler l’estime

Armés donc du même savoir, les cobayes des deux groupes devaient ensuite noter leur propre capacité à répondre à une question sans aucun lien avec les thèmes précédemment abordés (pourquoi fait-il plus chaud par une nuit nuageuse, par exemple). C’est là que réside la surprise: le groupe ayant fait la recherche Web se percevait largement plus capable de répondre que l’autre groupe. Même dans les expériences où un filtre Google empêchait de trouver le moindre résultat, le simple fait d’avoir mené cette recherche en ligne donnait aux étudiants une plus haute idée de leur capacité à répondre à une question.

En fait, selon l’un des auteurs de ces expériences, le fait d’entrer en «mode recherche» sur Internet fait croire aux gens qu’ils sont plus malins, même quand leur recherche a été vaine. «Internet est un outil très puissant, note un coauteur de l’étude. Il devient très facile de confondre notre propre connaissance avec ce que nous apporte le Web. Quand les gens en sont privés, ils peuvent largement se tromper sur l’étendue de leur savoir et leur dépendance au Web.»

Appel à la prudence

«Sans Internet, quand on ignore la réponse à une question, on sait qu’on ne sait pas, et trouver la réponse demande temps et effort, poursuit le chercheur. Avec Internet, la différence entre ce que l’on sait et ce qu’on ignore nous paraît plus confuse.»

Forts de leurs résultats, les auteurs de l’étude appellent à la prudence: cette confusion, accrue par l’usage de plus en plus répandu des smartphones, peut faussement gonfler la perception de nos propres connaissances et avoir des conséquences au moment de prendre des décisions à fort enjeu, pour lesquelles on pourrait se surestimer. «Acquérir des connaissances n’est pas facile, et Internet pourrait bien rendre la tâche encore plus difficile», préviennent-ils. En visant plus particulièrement cette génération qui, née avec la 3G, ignore ce qu’est un monde –et un cerveau humain!-sans Internet.