Des cafards télécommandés bientôt au service de l’humanité?

EXPERIENCE Deux électrodes plantées dans l'insecte permettent de contrôler à distance ses mouvements...

Nicolas Bégasse

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Le cafard télécommandé, résultat d'une étude publiée le 4 mars 2015.
Le cafard télécommandé, résultat d'une étude publiée le 4 mars 2015. — Carlos Sanchez / Texas A&M University

Qui ne se souvient pas de cette scène d’espionnage aussi drôle que grotesque du Cinquième élément, où le Président est écouté à son insu par une blatte munie d’une petite antenne? Grâce à une équipe d’ingénieurs américains, la science rattrape la science-fiction.

Le professeur Hong Liang et son équipe de la Texas A&M University publient ce mercredi dans le Journal of the Royal Society Interface les résultats de leurs expériences visant à mettre au point des cafards télécommandés. Le principe est simple: en plongeant des électrodes dans les organes commandant les pattes de l’insecte, il est possible, à distance, d’indiquer au cafard de tourner à gauche ou à droite.

L'animal est équipé d’un petit sac à dos constitué d’une batterie, d’une puce électronique et de deux fils reliés à son système nerveux. Le tout ne pèse que trois grammes, et permet de guider les mouvements du cafard avec un taux de réussite de 60%. Pas énorme, mais il ne s’agit que d’un prototype, assurent les ingénieurs texans.

Le cafard, mieux que les robots

Le but ultime de la manœuvre est de se doter d’un petit explorateur, plus maniable qu’un humain et plus malin qu’un robot. «Les insectes peuvent faire des choses qu’un robot ne peut pas, explique Hong Liang au Guardian. Ils peuvent se rendre dans des petits endroits, sentir l’environnement, et s’il y a du mouvement, d’un prédateur par exemple, ils peuvent s’échapper bien plus vite que ne le ferait un système conçu par l’Homme.»

Sans parler des caractéristiques du cafard lui-même, petite bête increvable pouvant régénérer ses membres, résister aux radiations, porter jusqu’à cinq fois son poids… On peut imaginer un groupe de cafards téléguidés, lâchés dans les ruines de Fukushima caméra et autres capteurs sur le dos, livrer aux techniciens restés à l’abri des radiations de précieuses informations.

Et l’éthique dans tout ça? Même si on ne les aime pas, les cafards sont des êtres vivants, et l’idée de contrôler leur comportement à distance grâce à des électrodes plantées dans des glandes peut déranger. «On ne les épuise pas à la tâche et on les laisse se reposer», répond Hong Liang au site Live Science. Et assure qu’une méthode de contrôle non-invasive est à l’étude.