VIDEO. Qui est Bertrand Piccard, la tête d’affiche de Solar Impulse?

SCIENCES Le Suisse se lance dans un tour du monde en avion solaire…

De notre envoyé spécial à Monaco, Romain Baheux

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Bertrand Piccard, pilote et cofondateur du projet Solar Impulse.
Bertrand Piccard, pilote et cofondateur du projet Solar Impulse. — C.Gallot/DR

Fin du petit film de présentation, applaudissements nourris de la salle. Sur scène, Bertrand Piccard s’apprête à prendre la parole pour poursuivre les explications. Face à lui, des journalistes et des partenaires, présents pour l’inauguration du centre de contrôle monégasque de Solar Impulse. Ils vont entendre un discours prononcé des centaines, sans doute des milliers de fois. Depuis douze ans, le Suisse ne vit que pour son bébé, son projet. Dans la nuit de vendredi à samedi, l’avion solaire Solar Impulse 2, qu’il pilotera en alternance avec son compatriote et ingénieur André Borschberg, se lance dans un tour du monde par étapes depuis Abou Dhabi. Une première mondiale.

Dans la famille, battre un record et servir la science relève de la tradition. Le grand-père Auguste, physicien, a réalisé le premier vol dans la stratosphère de l'histoire en 1931. Jacques, le père, fut de l'expédition sous-marine à toucher le fond de la fosse des Mariannes une trentaine d’années plus tard. Bertrand s’est lui lancé dans la voie aérienne en bouclant un tour du monde en dirigeable en 1999 -encore une première- avant de se lancer totalement dans l’aventure Solar Impulse. «Ce défi n’est pas pour les gens bornés et stupides, répète-t-il face à la presse. Nous ne voulons pas révolutionner l’aéronautique mais plutôt révolutionner les pensées. Avec les énergies propres, on pourrait diviser par deux la consommation énergétique.»

Un lobbyiste convaincant

Durant sa croisade, le Suisse a enchaîné les conférences et les livres et n'a pas hésité frapper aux portes de la principauté de Monaco et d’entreprises comme Google, Omega ou Bayer pour financer son projet, qui a nécessité plus de 150 millions de francs suisses (environ 140 millions d'euros) d’investissement depuis son lancement. «Quand on l’écoute parler pendant deux heures, on se demande simplement où il faut signer à la fin», explique-t-on chez Moët Hennessy, un autre de ses mécènes. Excellent communiquant, Piccard a toujours LA bonne anecdote à sortir devant les médias et sait caler comme personne le nom d’un de ses sponsors au cours d’une interview.

Adepte de l’auto-hypnose, l’homme, qui possède également un diplôme de psychiatre, repousse les limites de la science mais en terrain connu. Sa femme Michèle dirige la communication de Solar Impulse et son équipe au sol est constituée de nombreux fidèles de longue date. Lui voit grand et refuse que le projet soit cantonné à sa simple dimension de record du monde. «Il faut aller plus loin que la presse spécialisée. Il faut que les médias généralistes relaient mon message pour changer les mentalités des gens et des décideurs politiques. Ce sont eux qui peuvent faire changer les choses.» Bertrand Piccard se contentera du rôle du déclencheur.