Recherche d'une vie extraterrestre: «L’écoute des exoplanètes pourrait nous apporter des réponses»

INTERVIEW Florence Raulin Cerceau, astronome, rappelle que cette quête remonte à l'Antiquité...

Propos recueillis par Thibaut Le Gal

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Photo d'illustration de l'univers
Photo d'illustration de l'univers — HANDOUT / NASA / AFP

Sera-t-on un jour en contact avec une forme de vie extraterrestre? Des astrophysiciens américains du programme SETI ont indiqué cette semaine leur volonté d'envoyer des signaux vers des étoiles dans l'espoir d'établir un contact avec une civilisation extraterrestre. Pour Florence Raulin Cerceau, astronome, chercheur au Centre Alexandre Koyré et auteur d'A l'écoute des planètes, cette quête remonte à l'Antiquité.

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A quand remonte l’idée d’une vie extraterrestre?

Ça dépend de quoi en parle. L’idée d’une pluralité de mondes remonte à l’Antiquité. La pensée philosophique des atomistes montre que si on étend ce qui se passe sur terre dans l’univers, cela laisse la place à des mondes innombrables. Cette philosophie sera reprise à différents moments de l’histoire de l’Humanité. Au temps de l’Inquisition, cette idée se confronte à celle des créateurs. Elle est relancée avec Copernic qui indique que la Terre n’est plus au centre de l’univers. L’humanité non plus, donc l'espoir de trouver une autre civilisation dans le cosmos existe. Ce n’est qu’au 19e siècle que les scientifiques s’emparent du sujet à travers Camille Flammarion notamment.

Et l’envoi de signaux?

A la fin du 19e siècle, des personnages ont l’idée d’envoyer des signaux visuels pour signaler notre présence vers des planètes voisines, notamment Mars qu’on pensait habitée. Ces initiatives sont ponctuelles et isolées. Il n’y a pas de mouvement scientifique à proprement parler. On écrit des chapitres pour proposer des méthodes qui enverraient des signaux à partir d’énormes lampes, de rayons du soleil et de miroirs.

La grande découverte technologique est la radio astronomique vers 1950. Des chercheurs américains publient un article en disant qu’on peut «écouter les étoiles». Le programme SETI naît en 1959 et est mis en pratique par plusieurs scientifiques dans les années 1960. Frank Drake trouve alors une équation pour réfléchir à chacun des paramètres qui permettraient de trouver des civilisations extraterrestres dans l'univers (taux de formation des étoiles dans la galaxie, planètes susceptibles d’avoir la vie...).

Aujourd’hui, où en est-on?

Certaines nouveautés technologiques permettent de développer les signaux optiques. Mais ce sont les écoutes des exoplanètes, des zones habitables, par des radiotélescopes qui pourraient apporter des réponses à cette recherche de civilisation avancée.

Pourquoi ce domaine n’est-il pas pris au sérieux?

Cette science est marginalisée, et en mal de reconnaissance car elle est très vite associée à la science-fiction ou aux ovnis. En France, nous avons peu de représentants du programme SETI. Aux Etats-Unis en revanche, ce domaine a plus d’échos à travers le SETI Institute qui dispose de subventions privées importantes.

Pour finir, sommes-nous seuls dans l’univers?

Si je pensais que non, je ne travaillerais pas là-dessus. C’est possible mais la quête va être difficile. Les exoplanètes nous offrent l’espoir de détecter des biosignatures. On avance vite dans ce domaine. Il faut continuer.