«Etudier les astéroïdes, c’est remonter dans l’histoire du système solaire jusqu’à nos origines»

INTERVIEW Un énorme objet céleste, nommé «2004 BL86», est passé à proximité de notre planète ce lundi soir…

Propos recueillis par Audrey Chauvet

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Photomontage d'un astéroïde en orbite autour de la Lune.
Photomontage d'un astéroïde en orbite autour de la Lune. — NASA/P.V.D.VAART

C’est un petit bout du mystère de l’Univers qui nous a frôlés: l’astéroïde «2004 BL86» est passé à quelque 1,1 million de kilomètres de la Terre ce lundi soir. Invisible à l’œil nu, son passage dans notre voisinage a été scruté attentivement par les scientifiques qui espèrent en tirer de précieuses informations. Le Dr Patrick Michel, directeur de recherches au CNRS et membre de l’Observatoire de la Côte d’Azur, nous a expliqué avant le passage de l'énorme caillou ce que «2004 BL86» pourrait révéler.

L’astéroïde va passer à plus d’un million de kilomètres de la Terre. Est-ce assez proche pour en savoir plus sur lui?

L’astéroïde va être suffisamment proche pour que les observations radar donnent des informations précieuses. Le plus souvent, les astéroïdes sont tout petits et n’émettent pas de lumière, ce qui empêche d’avoir beaucoup d’informations. Mais  lorsqu’ils s’approchent de nous, la puissance de l’écho reçu par le radar permet de détecter leur forme, leur période de rotation et même certaines propriétés de surface.

Une simple observation peut-elle donner des informations aussi précises?

Ce serait génial si cela suffisait, mais ce n’est pas le cas. Avec les observations radar, on va pouvoir faire un modèle de sa forme, et nous aurons peut-être quelques détails de sa surface, par exemple s’il a des cratères. Au niveau de sa composition, une spectroscopie donnera une petite idée de sa composition mais seulement en surface. Rien ne vaut les missions spatiales. Une étude va d’ailleurs démarrer avec la Nasa et l’Esa pour faire un test de déviation d’un astéroïde en 2022. L’idée est d’envoyer un projectile artificiel qui taperait sur un astéroïde pour ensuite y déposer un atterrisseur comme Philaé qui donnerait des informations directes sur la structure de l’objet.

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Pourquoi est-ce important d’analyser les astéroïdes?

C’est important pour deux raisons. D’abord, ces objets sont potentiellement dangereux et mieux vaut savoir ce qu’ils sont pour s’en protéger. Ensuite, il ne faut pas oublier que les astéroïdes sont des débris de ce qui a formé notre planète et qu’ils n’ont pas grandement évolué depuis leur formation. Tandis que les planètes ont chauffé et que leur composition chimique s’est transformée, les astéroïdes ont gardé la composition initiale du système solaire. Les étudier c’est remonter dans l’histoire du système solaire jusqu’à nos origines. La matière organique qu’ils contiennent peut avoir permis à la vie d’émerger.

Comment peut-on être sûr que l’astéroïde «2004 BL86» ne rentrera pas en collision avec la Terre?

Parce qu’on sait calculer sa trajectoire. Comme en météorologie, on peut faire des calculs avec une  bonne précision sur 50 à 100 ans. On est donc sûr qu’il ne va pas nous tomber dessus, et pour qu’un fragment se détache et atterrisse sur Terre, il faudrait qu’il y ait un impact dont la probabilité est extrêmement faible. L’astéroïde qui est tombé en Russie en 2013 n’avait pas été prévu car il était tout petit, il ne mesurait que 17 mètres, tandis que celui-ci mesure 500 mètres. On connaît pour le moment 90% des astéroïdes d’environ 1km de diamètre, on va maintenant mieux connaître ceux qui mesurent environ 500 mètres.

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Cet astéroïde fait-il partie d’une pluie particulière en ce moment?

Non, il n’y a pas de pluie. On a détecté beaucoup plus d’astéroïdes grâce à l’amélioration des méthodes d’observation, mais le phénomène n’est pas plus important que d‘habitude.