Comment le milliardaire visionnaire Elon Musk veut coloniser Mars

Philippe Berry

— 

Le patron de SpaceX, Elon Musk, devant une capsule Dragon, le 29 mai 2014.
Le patron de SpaceX, Elon Musk, devant une capsule Dragon, le 29 mai 2014. — J.C.HONG/AP/SIPA

Il a fait fortune avec PayPal, rendu BMW jaloux avec Tesla et ravitaille la station spatiale internationale avec ses fusées de SpaceX. A 43 ans, il a déjà crashé une McLaren F1 non assurée, s'est marié –et a divorcé– deux fois, et il a servi de modèle à Robert Downey Jr. pour incarner Tony Stark. Et si Elon Musk n'a pas encore d'armure d'Iron Man, il vise beaucoup plus haut. La semaine dernière, il l'a répété en privé devant une assemblée conquise: «Un jour, je visiterai Mars.» Envoyer un homme sur la Planète rouge d'ici «10 ou 12 ans» puis y installer une colonie permanente de 80.000 personnes à long-terme est-il réalisable? 20 Minutes fait le point avec Marco Caceres, analyste espace chez Teal Group.

Etape 1: Devenir le leader des transporteurs spatiaux privés

En 2008, SpaceX a remporté un contrat de 1,6 milliard de dollars pour transporter du fret vers la Station spatiale internationale. Rebelote en septembre dernier pour 4,2 milliards de dollars, cette fois pour acheminer des astronautes. «Ces contrats lui assurent une entrée de cash à court terme lui permettant de financer des projets à moyen terme», analyse Caceres. Mais SpaceX a des concurrents, comme Boeing ou Arianespace, et «il suffit d'un gros accident» pour remettre en cause la confiance actuelle. Orbital Sciences et sa fusée Antares, pulvérisée à l'automne dernier, en savent quelque chose.

Etape 2: Mettre au point une fusée réutilisable

Pour établir une telle colonie sur Mars, «il faudra des vols réguliers espacés de quelques semaines au plus», estime Caceres. Pour réduire les coûts, Elon Musk mise sur des fusées réutilisables qui pourront faire la navette entre la Terre et Mars. Certes, la dernière tentative, avec un modèle Falcon 9, le 10 janvier, s'est terminée par un feu d'artifice, mais «personne n'était passé aussi pris», note l'expert. La fusée a correctement visé une barge de la taille d'un terrain de football dans l'océan Atlantique mais n'avait pas assez de fluide hydraulique pour se poser en douceur. SpaceX doit remettre ça dans «deux ou trois semaines».

Etape 3: Déployer une flotte de micro-satellites

Mardi, SpaceX a confirmé un nouveau tour d'investissement d'un milliard de dollars mené par Google, qui valorise l'entreprise à 10 milliards. De quoi accélérer le déploiement annoncé d'une flottille de micro-satellites low-cost de 100kg pour connecter la Terre entière à Internet. Et permettre de communiquer avec une colonie martienne. Là, Marco Caceres est plus mesuré. «SpaceX n'a aucune expérience avec des satellites et cela coûtera beaucoup plus que ce qu'il imagine.»

Etape 4: Aller sur Mars d'ici «10 ou 12 ans»

(c) Nasa et SpaceX, photomontage 20 Minutes

Place à la spéculation. «La seule chose qu'il dit vraiment, c'est: ''Je suis capable d'y arriver plus vite que la Nasa», décrypte l'expert. «Quand on parle d'un horizon à 20 ans, personne n'écoute». Mais à 10 ans, l'intérêt des investisseurs et du public est piqué.» Pour Marco Caceres, une collaboration avec l'agence spatiale américaine aurait plus de chances de réussir qu'une mission 100% privée.

Etape 5: Vivre sur Mars

Musk ne veut pas juste aller visiter Mars. Il veut y installer une colonie permanente de 80.000 personnes, dans un premier temps. «Si on veut garantir la survie de l'espace humaine» en cas de catastrophe sur Terre, il faudra «au moins un million de personnes pour assurer assez de diversité génétique» sur Mars, expliquait-il récemment à Aeon Magazine. Pour Caceres, Musk «sort des chiffres de son chapeau» mais il a «le mérite d'amorcer le débat». La question de l'approvisionnement en eau sera centrale, alors que la ressource n'est a priori présente que sous forme de glace, en quantités limitées. Bref, Mars reste un rêve mais Elon Musk place ses pions un à un pour le réaliser.