VIDEO. «Jurassic World»: Pourquoi le film agace déjà les paléontologues

DINOSAURES Même s’il s’agit d’une fiction, ils relèvent quelques incohérences majeures…

Romain Scotto
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Capture d'écran d'un extrait de la bande annonce du film Jurassic World.
Capture d'écran d'un extrait de la bande annonce du film Jurassic World. — Capture d'écran/20Minutes

Passons sur le scénario, les graphismes, ou le jeu d’acteurs des héros de ce nouveau film. Pour les scientifiques qui ont visionné la récente bande-annonce de Jurassic World, le quatrième volet de la saga Jurassic Park ne sera pas plus réaliste que les précédents. Six mois avant la sortie du film, le 15 juin, Eric Buffetaut et Jean Le Loeuff, paléontologues, décryptent les incohérences majeures de ce «trailer» de 2 minutes 28.

Des dinosaures toujours déplumés. Cela fait partie des dernières connaissances acquises sur les dinosaures, notamment les petits carnivores. Ceux-ci étaient couverts de plumes, ce qui n'est visiblement pas le cas dans le film. Buffetaut regrette donc que le réalisateur ait seulement recyclé les animaux de la saga, sans les faire évoluer. Concrètement, les velociraptors qui galopent près de la moto devraient être plumés, alors qu'ils sont totalement glabres. «Tous les musées du monde ont refait leur présentation pour leur mettre des plumes. Ce serait plus raccord avec l’image que l’on a des dinosaures aujourd’hui», poursuit Le Loeuff, très étonné par une telle absurdité.

Le fantasme de la génétique. «10 ans de génétique nous ont plus appris qu’un siècle de paléontologie.» Cette petite phrase prononcée par l’une des héroïnes du film fait beaucoup sourire les spécialistes. «C'est sans doute nécessaire pour l'intrigue, mais c'est complètement faux en ce qui concerne notre connaissance des dinosaures», indique Buffetaut. En matière de paléontologie, parler de génétique relève de la science-fiction puisque l'ADN de dinosaure n'a jamais été récupéré. Les plus vieux ADN retrouvés datent de centaines de milliers d’années. Mais pas de dizaines de millions d’années. Par ailleurs, le moustique censé avoir récupéré le sang d'un dinosaure n'en est pas un. L'animal piégé dans de l'ambre serait une tipule des prairies, un insecte qui ne pique pas.

Des incohérences temporelles majeures. C’est un classique de la saga, qui ferme les yeux sur un léger décalage temporel d'environ 50 millions d’années. Des animaux du Jurassique et du Crétacé se côtoient puisque le parc accueille entre autres «des stégosaures et des petits raptors. On voit aussi un troupeau d'ornithomimosaures, des omnivores du Crétacé et non du Jurassique», relève Le Loeuff, habitué aux anachronismes depuis le premier Jurassic Park.

Des animaux légèrement remodelés. Fiction oblige, les dinosaures entrevus offrent quelques arrangements avec la réalité. L'animal qui sort de l'eau pour dévorer un requin et asperger le public, façon Marineland, est ainsi surdimensionné. Pour Le Loeuff, il s'agit d'un «mosasaure, un gros varan marin. Ses dents sont assez réalistes, mais concernant la langue, on ne sait rien car elle n’a pas été fossilisée.» Celle-ci pourrait en réalité être bifide, fourchue. Concernant l’animal OGM, les scénaristes lui ont attribué des pouces opposables lui permettant de saisir avec ses mains. Or cette caractéristique n’existe pas chez les dinosaures. Si ce n'est pour brandir un Oscar dans quelques mois?