Mission Rosetta: Une première découverte capitale pour expliquer l’histoire du vivant?

ESPACE Des molécules organiques ont été capturées par l’un des instruments de Philae. S’il s’agit d’acides aminés, l’avancée scientifiques serait capitale…

Romain Scotto

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Le robot Philae sur la surface de la comète Tchourioumov selon un dessin d'artistes diffusé le 20 décembre 2013 par l'Agence spatiale européenne
Le robot Philae sur la surface de la comète Tchourioumov selon un dessin d'artistes diffusé le 20 décembre 2013 par l'Agence spatiale européenne — Esa Medialab Esa Medialab

Comme en politique à la veille d’une élection, ou en sport avant une compétition, impossible de se prononcer à l’avance sur un quelconque résultat. Les scientifiques de l’agence spatiale européenne (ESA) qui ont capté des molécules organiques sur la comète Tchouri sont encore incapables de dire de quoi il s’agit exactement. En attendant le verdict des analyses, l’hypothèse d’une découverte éventuelle d’acides aminés suscite toutefois un intérêt majeur chez les astrophysiciens.

En effet, il y a plusieurs années, un acide aminé, la glucine, avait été décelé dans la queue d’une comète examinée par la mission américaine Stardust. Depuis, l’espoir de trouver d’autres éléments chimiques du même type, demeure. «On espère en mesurer d’autres rapidement», souffle Francis Rocard, astrophysicien responsable de l'exploration du système solaire au CNES. «Les acides aminés sont des molécules simples, qui se combinent entre eux pour fabriquer des protéines. Et ces protéines sont présentes dans l’écriture biologique du vivant, les chromosomes, les gènes.»

Le mystérieux passage du chimique au biologique

Avec quelques raccourcis grossiers, il est donc possible d’établir un lien entre cette découverte et l’apparition de la vie sur Terre. Si ces molécules sont détectées sur les comètes, il n’est pas exclu qu’elles aient pu ensemencer les océans de notre planète, même si dans l’histoire de la formation du vivant, le passage du chimique au biologique reste mystérieux. «On sait juste qu’il faut de l’eau liquide et des molécules organiques», souligne Francis Rocard.

En attendant, c’est l’instrument Cosac de la sonde Philae qui a prélevé les molécules de la comète Tchouri. Il s’agit d’un spectromètre de masse analysant les échantillons en absorbant le gaz de la comète. Il est aussi capable de recevoir le gaz à partir d’une foreuse. Ces deux systèmes permettent d’observer la composition moléculaire des gaz par un système de chauffage des échantillons dans un four (jusqu’à 600 degrés).

Dans les jours (heures) à venir, l’un des enjeux de l’analyse consistera à mesurer la «chiralité» des molécules. En chimie, un composé est dit «chiral» s'il n'est pas superposable à son image dans un miroir, autrement dit s'il ne présente aucune symétrie. Selon les scientifiques, la nature sur Terre privilégie la «chiralité gauche». Or si ces molécules prélévées sur Tchouri présentent la même particularité, il pourrait s’agir d’une signature de l’apparition du vivant. Avec tous les fantasmes que cela peut susciter.

>> Retrouvez notre Webdocumentaire sur la mission Rosetta: Un plan sur la comète.