La comète «Choury», un cauchemar très intéressant pour les scientifiques

ESPACE La surface de la comète où doit se poser Philae est très inhospitalière…

Vincent Vantighem

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La comète 67P/Churyumov-Gerasimenko le 6 août 2014.
La comète 67P/Churyumov-Gerasimenko le 6 août 2014. — ESA/Rosetta/MPS for OSIRIS Team / AFP

Elle sent l’œuf pourri, l’écurie et des relents d’alcool frelaté. Il n’y a rien si ce n’est des falaises escarpées et des pics glacés acérés. Et pourtant, la comète «Choury» est perçue par une partie de la communauté scientifique comme le Graal.

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Lancé il y a dix ans dans la soute de la sonde Rosetta, le petit robot Philae doit, ce mercredi après-midi, rejoindre la surface de cette comète qui pourrait nous en apprendre davantage sur l’apparition de la vie sur Terre.

«Formée par les dégazages»

A condition que le robot de la taille d’un frigo parvienne à se poser sur sa surface tourmentée. «On ne s'attendait pas à trouver un objet de cette forme et surtout des structures à la surface de cet objet-là», souligne Jean-Pierre Bibring de l'Institut d'astrophysique spatiale (Orsay), dans un entretien à l'Agence France Presse ce mercredi.

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«On sait que la quasi-totalité, si ce n'est la totalité, de ces reliefs a été formée par le dégazage de la comète, chaque fois qu'elle passe près du soleil. Au final, ça fait une surface extrêmement tourmentée à laquelle on ne s'attendait pas.»

Glacée mais noire comme du charbon

L’autre surprise réside dans la couleur de cette comète découverte en 1969 par les scientifiques Churyumov et Gerasimenko. Si «Choury» est constituée à 80% de glaces, elle est noire comme du charbon. «Essentiellement parce que dans la glace, il y a ces molécules organiques très absorbantes qui ont pu jouer un rôle majeur dans l'émergence du vivant», poursuit Jean-Pierre Bibring.

«On s'attendait, en s'approchant, à voir un patchwork de glace et de ces zones-là. Or, pour l'instant, on ne voit pas du tout de glace. On ne voit aucun point brillant. C'est entièrement recouvert d'une pellicule, dont on ne connaît pas l'épaisseur, faite de ces grains carbonés.»

Et c’est une très bonne nouvelle. Car c’est en analysant ces molécules de carbone que les scientifiques espèrent trouver des correspondances avec celles qui ont pu «ensemencé» les océans lors de la formation de la Terre.