Prix Nobel: Un an après, à quoi a servi le Boson de Higgs ?

PHYSIQUE Les scientifiques reconnaissent qu’il s’agit d’une grande découverte, mais qu’elle n’ouvre pas vraiment de portes pour l’avenir…

Romain Scotto

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"Nous avons observé un nouveau boson" mais "nous avons besoin de davantage de données" pour vérifier qu'il s'agit bien du boson de Higgs, a-t-il expliqué devant un parterre de scientifiques.
"Nous avons observé un nouveau boson" mais "nous avons besoin de davantage de données" pour vérifier qu'il s'agit bien du boson de Higgs, a-t-il expliqué devant un parterre de scientifiques. — afp.com

Pour tout scientifique ayant déjà mis son nez dans un manuel de physique des particules, ce devait être l’une des trouvailles du siècle. La découverte du chaînon manquant à la théorie de la structure fondamentale de la matière. Il y a tout juste un an, le prix Nobel de physique récompensait François Englert et Peter Higgs pour la découverte du fameux «Boson de Higgs», une particule élémentaire permettant d'expliquer la notion même de masse de l’atome.

Ce prix couronnait 32 ans de recherche, 8,9 milliards d'euros de budget et la mobilisation de 7.000 chercheurs autour de l'exploitation de l'instrument à l’origine de l’observation du Boson, en 2012: l’accélérateur de particule du Cern, le centre européen de recherche nucléaire. Pour certains, cet investissement colossal n’a pourtant pas à la hauteur de ce qu’il aurait pu apporter à la science. Christian Magnan, astrophysicien à l’institut d’astrophysique de Paris et chercheur au collège France, estime, que ce Nobel est même un « triste anniversaire. C’est une belle confirmation d’une prédiction qui date de 1964, mais ça ne vaut rien du tout. Ça n’ouvre pas de voies vers autre chose. C’est une impasse, en quelque sorte.»

«Avant, certains niaient même l’existence du Boson de Higgs»

Physicien au commissariat à l’énergie Atomique, Bruno Mansoulie reconnaît qu’en soi, cet événement n’est pas «révolutionnaire.» Mais il a le mérite de valider tout un pan de la recherche. Il ferme aussi toutes les portes qui n’incluaient pas cette particule dans leur modèle. «Avant, certains niaient même l’existence du Boson de Higgs. On avait une théorie qui avait besoin de cette particule pour fonctionner. C’était quitte ou double. Si on ne la trouvait pas, il fallait remettre en cause tout ce qu’on savait.»

Autre faille, la théorie actuelle n’explique pas encore la matière noire de l’univers, cette mystérieuse composante probablement constituée de particules élémentaires. Mais l’espoir demeure selon Ray Volkas, physicien du Cern: «On peut imaginer par exemple que la particule de Higgs agit comme un pont entre la matière ordinaire et la matière noire. Ça aurait des implications fantastiques pour la compréhension de tout ce qui est important dans l'univers.» Notamment, sur ce qu’il s'est passé un millième de milliardième de seconde après le Big-Bang. Et pourquoi notre univers n’est pas resté une sorte de soupe informe pour entrer en expansion.

«Après, est-ce qu'on peut appliquer (cette invention) à quelque chose de concret? Pour le moment, mon imagination est insuffisante», avouait récemment Albert De Roeck, un autre scientifique du Cern. Comme l'imagination de Faraday était trop limitée pour envisager tout ce qu'il pouvait faire avec l'électricité lorsqu'il l'a découverte. En manipulant simplement du mercure et un aimant.