VIDEO. Expérience sur le cerveau: «Une vraie innovation, mais pas encore de la télépathie»

INTERVIEW Michel Berg, médecin et président de la société Axilum Robotics, décrypte l’expérience de communication de cerveau à cerveau à laquelle il a participé…

Propos recueillis par Nicolas Beunaiche

— 

Illustration de l'expérience de communication de cerveau à cerveau menée en 2014 par des chercheurs américains, espagnols et français.
Illustration de l'expérience de communication de cerveau à cerveau menée en 2014 par des chercheurs américains, espagnols et français. — Axilum Robotics - Starlab

«Première expérience de télépathie réussie, selon des chercheurs». Ce vendredi matin, la presse en ligne s’est largement fait l’écho de cette dépêche AFP annonçant la transmission d’un message mental entre deux personnes séparées par des milliers de kilomètres pour la première fois. Le mot «télépathie» est lâché et il a de quoi fasciner. Mais, est-il approprié? Michel Berg, médecin et président de la société Axilum Robotics, fait le point sur cette innovation scientifique.

Comment la machine peut-elle traduire la pensée d’un individu et la transmettre à un autre?

Dans l’expérience à laquelle nous avons participé, un individu se trouvait en Inde, un autre à Strasbourg, et notre idée était de parvenir à ce que le premier transmette un mot au second de manière consciente, sans faire le moindre geste et sans utiliser ses cinq sens. Pour cela, nous avons dû procéder en plusieurs étapes. La personne en Inde était équipée d’électrodes sur la tête et faisait face à un écran. Sur cet écran, il voyait un point qui se déplaçait soit horizontalement, soit verticalement, en fonction d’un mot («hola» ou «ciao») préalablement codé. Selon le type de déplacement, il devait penser à bouger soit le pied, soit la main. La pensée de ce cerveau émetteur était alors traduite sous forme d’impulsions électriques spécifiques, enregistrées par l’électroencéphalogramme (penser à un geste du pied signifiant un type d’impulsion, penser à un geste de la main en signifiant une autre). Puis ce signal, codé sous forme binaire, était envoyé par Internet à Strasbourg, où un système robotisé de stimulation magnétique transcrânienne déclenchait ou non des sensations lumineuses dans le cerveau récepteur, en fonction de l’information reçue. Un flash lumineux signifiait 1, l’absence de flash 0. A chaque série de chiffres correspondait un mot. Il fallait stimuler 140 fois une zone précise du cerveau pour reconnaître un mot simple comme «hola» ou «ciao». Seul le système robotisé développé par notre société pouvait assurer la précision nécessaire à cette expérimentation.

Illustration de l’expérience de communication de cerveau à cerveau menée en 2014 par des chercheurs américains, espagnols et français. - PLOS ONE

 

Peut-on pour autant parler de télépathie?

Le mot a été utilisé dans la presse, mais à mon sens, la télépathie est un mode de communication par la pensée sans aide extérieure. Dans notre cas, la communication a eu lieu grâce à la technique, même si elle n’est pas invasive. En revanche, ce qu’on peut dire, c’est que l’expérience est une vraie innovation dans le sens où elle ne fait pas intervenir le système nerveux périphérique. Nous n’avons eu recours ni au toucher ni à la vision ou à l’ouïe pour faire communiquer deux individus. En 2013, des chercheurs de Washington avaient mené une expérience proche de la nôtre, mais dans la leur, un geste imaginé par le cerveau d’un premier individu aboutissait à la stimulation des zones motrices du cerveau d’un second individu. Dans notre expérience, tout se fait de cerveau à cerveau.

A quelles applications cette innovation ouvre-t-elle la voie?

Elle montre surtout que communiquer par la pensée est possible. A l’avenir, on pourra imaginer des applications dans le domaine de la santé, avec des patients qui ont du mal à communiquer voire sont dans le coma, ou dans l’armée, sur un champ de bataille par exemple. Mais avant d’y arriver, il faudra inventer une technologie plus facile d’utilisation et la miniaturiser. Notre étude n’est qu’un point de départ.