Dans l'œil du cyclone

METEO A l'aide d'avions radars volant à l'intérieur même des ouragans, des chercheurs...

Yaroslav Pigenet

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Katrina le 28/08/2005
Katrina le 28/08/2005 — NOAA

Des chercheurs ont étudié pour la première fois comment vit, meurt et renait l’œil d’un cyclone. Ces observations, menées à l’aide d’avions radar volant à l’intérieur-même des ouragans, permettront de mieux prédire leur intensité.

Katrina vue de l’intérieur

Les modèles permettant d’anticiper le trajet des cyclones ont fait d’énorme progrès ces dernières années. Mais les météorologues ne disposaient jusqu’ici d’aucun moyen fiable de prédire la force des vents ou l’ampleur des précipitations d’un ouragan. En disposant de cette information cruciale, les autorités américaines auraient probablement accéléré l’évacuation de la Nouvelle Orléans avant le passage de Katrina en septembre 2005.

Pour combler cette lacune, Robert Houze et ses collègues de l’Université de Washington ont donc conçu le projet RAINEX (Hurricane RAINband and Intensity EXperiment) dont les premiers résultats sont publiés aujourd’hui dans la revue Science. Pour cette expérience, les chercheurs ont utilisé 3 avions équipés de radars qui ont traversés Rita, Katrina et Ophelia à plusieurs reprises pour analyser et comprendre l’évolution de l’œil de ces cyclones.

Anatomie d’un cyclone

Situé au milieu de la dépression cyclonique, l’œil est à la fois une zone de calme relatif et le moteur de la tempête. Délimité par un mur de nuage, de pluies et de vents violents qui tournent autour de lui dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, l’œil est une cheminée spontanée qui « aspire » une grande quantité de l’air chaud et humide. qui alimente ensuite les bandes nuageuses qui entourent le cyclone.

On sait que c’est le diamètre de l’œil détermine la vitesse des vents du cyclone : plus ce dernier est contracté, plus le cyclone est violent, plus il s‘élargit, plus la force des vents diminue. Un peu comme un patineur qui, tournant sur lui-même, écarte les bras pour ralentir ou les ramène vers lui pour accélérer.

Clignements d’oeil

On sait également que pendant un cyclone, l’œil peut se contracter, s’élargir, disparaître et même être remplacé par un second œil qui, en se contractant, va réactiver et prolonger la tempête. Comprendre la dynamique de formation de ces « yeux secondaires » est donc capital pour prédire l’intensité et la durée de vie des cyclones ; mais jusqu’ici, les données recueillies par les météorologues étaient trop parcellaires pour pouvoir modéliser le processus. L’expérience RAINEX a permis pour la première de suivre en continu et en détail ce qui se passe dans et autour de l’œil du cyclone grâce à des avions radars volant au coeur même de la tempête.

Les données recueillies ont ainsi permis de développer un modèle numérique décrivant le processus de formation d’un œil secondaire. Selon Houze, un premier pas vers l’élaboration de modèles plus complets qui permettront de prédire précisément l’intensité d’un cyclone. En attendant, les chercheurs vont continuer à analyser l’immense masse de données accumulées au cours de l’expérience RAINEX. Ils vont notamment essayer de comprendre pourquoi , en dépit de leur trajet similaire, Rita a permis la formation d’un œil secondaire, mais pas Katrina.