Néandertal a disparu plus tôt qu’on ne le pensait

PALEONTOGLOGIE Le rival malheureux d’Homo sapiens s’est éteint en Europe il y a environ 40.000 ans et non 25.000 ans…

Anne Demoulin
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Exposition sur l'homme de Néandertal, en juillet 2004, à Eyzies-de-Tayac.
Exposition sur l'homme de Néandertal, en juillet 2004, à Eyzies-de-Tayac. — PATRICK BERNARD / AFP PHOTO

L’homme de Néandertal a quitté cette terre plus vite qu’on ne le pensait selon une étude internationale parue dans la revue scientifique Nature. Selon les datations affinées, le rival malheureux de l’Homo sapiens s’est éteint en Europe il y a environ 40.000 ans et non 25.000 ans. Et nos ancêtres sont un peu responsables de sa disparition…

Une meilleure méthode de datation

Ce proche cousin a vécu en Europe de -200.000 à -40.000 ans avant J.-C. Il a disparu après avoir cohabité avec nos ancêtres, qui auraient commencé à peupler l’Europe voici environ 45.000 ans. Les recherches, dirigées par Tom Higham, directeur adjoint du Radiocarbon Accelerator Unit de l’université d’Oxford, ont été menées sur une quarantaine de sites de l’Espagne à la Russie.

L’équipe a éliminé les sources de contamination moderne, à l’origine de la mésestimation des anciennes datations, grâce aux techniques d’ultrafiltration. «Cela signifie que nous pouvons dire avec une plus grande fiabilité que nous avons finalement résolu la chronologie de la disparition de nos proches cousins Neandertal» explique Thomas Higham, dans un communiqué de l’Université d’Oxford.

Des gênes en commun

«Même s’ils ne se sont pas complètement éteints puisque nous portons certains de leurs gènes en nous aujourd’hui», poursuit le chercheur.

Les études génétiques menées depuis 2010 montrent que les deux espèces se sont hybridées. Les Européens et les Asiatiques partagent de 1 à 4 % de leur génome avec des Néandertaliens, ce qui n’est pas le cas des Africains.

Les populations se sont donc métissées. Les causes de l’extinction de cette espèce sont toujours en question, même si diverses théories sont avancées. Le fait qu’une baisse de population chez l’homme de Néandertal coïncide avec l’arrivée des humains modernes fait bien évidemment songer à un rapport de cause à effet.

Une «pression compétitive»

Pour les auteurs de l’étude, les Néandertaliens ont souffert d’une «pression compétitive». «Ils chassaient les mêmes animaux, cueillaient les mêmes plantes et voulaient habiter dans les meilleures cavernes, il y aurait donc eu une compétition économique. Mais ce n’était pas une extinction instantanée, ils n’ont pas été chassés et tués par les humains modernes ou décimés par les maladies que ceux-ci auraient amenées d’Afrique. Ce fut un processus plus graduel», explique le professeur Chris Stringer, du muséum d’histoire naturelle de Londres cité par le site de la BBC.