N'utilise-t-on vraiment que 10% des capacités de notre cerveau?

SCIENCES Le dernier film de Luc Besson, «Lucy», réanime cette vieille idée...

— 

Image 3-D d'un cerveau humain.
Image 3-D d'un cerveau humain. — PURESTOCK / SIPA

Le mythe a la peau dure. L’être humain n’utiliserait qu’une infime partie de ses capacités cérébrales. Cette idée, qui a largement nourri les romans de science-fiction, est le point de départ du dernier film de Luc Besson, Lucy, sorti en salle mercredi.

«On utilise en moyenne 10 % de nos capacités cérébrales. Elle est à 100 %», lit-on sur l’affiche du blockbuster. A la suite d’un accident, l’héroïne, interprétée par Scarlett Johansson, voit ses connaissances intellectuelles se multiplier à l’infini, lui permettant d’acquérir des super-pouvoirs. Que nous disent les spécialistes du cerveau?

Une idée reçue

«C’est n’importe quoi», lâche Catherine Vidal, neurobiologiste et directrice de recherche à l’Institut Pasteur. «Ça fait partie des idées reçues sur le cerveau». Cette théorie remonte au début du siècle dernier. «La neurologie progresse alors grâce aux études réalisées sur des personnes qui ont des lésions cérébrales, notamment les blessés des différentes guerres.» Les médecins observent que des lésions de certaines régions du cerveau entraînent des handicaps de différentes fonctions: vision, sensation, motricité, etc.

«Mais curieusement, pour les lésions dans la partie frontale du cerveau, on ne remarquait pas de répercussions majeures. Les patients pouvaient marcher, parler. On a alors pensé que ces zones du cerveau n’étaient pas utilisées».

La preuve: l’IRM

A l’époque, la recherche médicale n’est pas assez avancée pour réaliser des tests démontrant l’activité de ces zones frontales. «Depuis une vingtaine d’années, on dispose des techniques d’IRM [imagerie par résonance magnétique]. On a observé qu’il n’existe pas de région cérébrale endormie, ou non utilisée, poursuit la neurobiologiste. Les réseaux des zones frontales sont par exemple indispensables pour faire la synthèse entre souvenirs et réalité, et planifier les actions dans le futur.»

Comment expliquer la persistance du mythe? «Le cerveau est fascinant, car c’est l’organe de la pensée. C’est normal qu’il y ait autant de fantasmes autour de lui. Il est composé de 100 milliards de neurones. Chacun est connecté à 10.000 autres. Cela donne une idée de son extrême complexité.»

Capacités d’apprentissage phénoménales

Une complexité qui fait du cerveau un sujet de débat scientifique. Pour Simon Thorpe, directeur du laboratoire du Cerco (Centre de recherche cerveau et cognition) et directeur de recherche au CNRS, l’idée de capacités cérébrales non exploitées à leur maximum n’est pas farfelue.

«Je défends l’hypothèse que 90 % de nos neurones ne sont peut-être pas actifs. Ils seraient en quelque sorte endormis. Ces neurones seraient des traces de mémoire, dans l’attente d’un stimuli. Ils nous permettraient par exemple de reconnaître des musiques entendues plusieurs décennies plus tôt.»

A quoi pourraient servir ces neurones inactifs? «Si un jour on trouvait un moyen de les libérer, on aurait, comme un enfant à la naissance, des capacités phénoménales d’apprentissage. Cela renforce l’idée, pas totalement délirante, qu’une partie de notre cerveau pourrait ne pas être utilisée.» Les amateurs de science-fiction peuvent continuer de rêver.