Opération Armageddon

ASTRONOMIE Un astéroïde large de 250 mètres pourrait s’écraser sur Terre en 2036, mais des chercheurs suggèrent une mission internationale pour le dévier de sa trajectoire.

Yaroslav Pigenet

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Vue d'artiste d'un "tracteur gravitationnel" destiné à dévier la trajectoire d'un objert géocroiseur
Vue d'artiste d'un "tracteur gravitationnel" destiné à dévier la trajectoire d'un objert géocroiseur — DR

Un astéroïde large de 250 mètres pourrait s’écraser sur Terre en 2036, mais des chercheurs suggèrent une mission internationale pour le dévier de sa trajectoire.


20 000 Hiroshima

L’astéroïde geocroiseur Apophis peut -il devenir un des ennemis public numéro 1 de l’humanité ? La menace d’un impact futur entre la Terre et ce corps spatial pesant 20 millions de tonnes est en tous cas suffisamment prise au sérieux par les astronomes pour justifier la création d’un groupe de réflexion international, rassemblant juristes, diplomates et scientifiques, chargé d’étudier spécifiquement les moyens de prévoir et, si possible de prévenir une telle catastrophe.

En décembre 2004, L’astéroïde MN4 est devenu Apophis - nom du dieu Egyptien de la destruction et du chaos - lorsque les chercheurs de la Nasa ont calculé que la trajectoire de ce caillou errant de 250 m de diamètre avait 1 chance sur 50 de rencontrer celle de notre planète le 13 avril 2036. Une telle collision dégagerait instantanément l’énergie de 400 mégatonnes de TNT, deux fois plus que l’énergie libérée par l’éruption du volcan Krakatoa en 1883 ; ou l’équivalent de 20.000 bombes d’Hiroshima.

1 chance sur 45.000

Heureusement, alors que les calculs s’affinaient, la probabilité d’impact a constamment été revue à la baisse et n’est plus estimée qu’à 1 chance sur 45.000. Mais bien que peu probable, selon plusieurs experts, le risque d’une collision n’est pas nul et ses conséquences prévisibles sont suffisamment terrifiantes pour que les Nations unies les prennent en considération.

Ainsi, pour s'assurer qu'il n'y aura pas de temps perdu dans des discussions internationales pour déclencher — plusieurs années avant le moment prévu de la collision — un éventuel processus de déviation de l'astéroïde, un groupe d'experts de plusieurs pays prépare un projet de traité international qu'ils soumettront à l'ONU en 2009. En effet, selon Russell Schweickart, un ancien astronaute d’Apollo qui participe à ce groupe de travail international, « si vous attendez d’être certain [de l’impact], il sera trop tard ».

Tracteur gravitationnel

Schweickart et ses collègues viennent de présenter leurs travaux lors de la conférence annuelle de American Association for the Advancement of Science qui a eu lieu à San Francisco du 15 au 19 février. Certains chercheurs, comme Ed Lu, du Nasa Johnson Space Center de Houston, ont profité de cette occasion pour présenter une méthode permettant de dévier l’astéroïde. Lu a ainsi suggéré l’envoi, en 2027, d’un petit vaisseau de la taille d’un module lunaire à proximité d’Apophis. La gravité exercée par cet engin d’environ une tonne sur l’astéroïde dévierait en effet suffisamment sa trajectoire pour « l’écarter » de celle de la Terre.

Pour Schweickart, la mise en place d’une telle mission incombe aux Nations unies et requiert la collaboration des agences spatiales du monde entier. Car selon lui « Nous ne pouvons pas prévenir les ouragans ; mais nous pouvons prévenir les impacts d’astéroïdes en manipulant légèrement le système solaire de manière à assurer notre survie sur Terre ».