Etats-Unis: Pourquoi les tornades sont aussi meurtrières

CATASTROPHE Au moins 35 personnes ont été tuées par la catastrophe qui a ravagé dimanche et lundi le sud et le centre du pays…

Romain Scotto
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La ville d'Athens, aux Etats-Unis, après le passage d'une tornade le 29 avril 2014
La ville d'Athens, aux Etats-Unis, après le passage d'une tornade le 29 avril 2014 — John Godbey/AP/SIPA

En deux jours, tout a été balayé. La végétation, les voitures et parfois, certaines habitations se sont envolées lors du passage des tornades qui ont touché dimanche et lundi plusieurs villes du Mississippi, de l’Alabama et du Tennessee. 35 personnes auraient perdu la vie lors de cette catastrophe, localisée comme chaque année dans la région des grandes plaines. Avec 1.200 tornades en moyenne par an, aucun pays n’en subit autant. Emmanuel Wesolek, météorologue et spécialiste des tornades au sein du cabinet Keraunos, décrypte ce phénomène.

Une zone particulièrement exposée. Dans ce que l’on appelle la «Tornado alley», une immense zone balayant le centre des Etats-Unis, du Texas à la région de Chicago, en happant le Missouri, le Tennessee et l’Illinois, toutes les conditions de gestation d’une tornade sont réunies. «A savoir de l’air très chaud et très humide près du sol qui remonte du Golfe du Mexique. Alors qu’en altitude, on a de l’air froid qui descend du Canada en passant les Rocheuses.» Le conflit entre ces deux masses d’air génère des orages violents à l’origine des tornades. Celles-ci se forment lorsqu’apparaît également un cisaillement des vents. «Cela signifie qu’on a une différence de vitesses et de directions entre les vents au sol et les vents en altitude, qui génère un mouvement de rotation.» Le fameux entonnoir nuageux qui touche le sol et aspire tout ce qui se trouve sur son passage.

Des vents d’une rare intensité. Parmi les nombreuses tornades qui touchent le pays, seule une vingtaine d’entre elles atteignent des niveaux particulièrement élevés sur l’échelle de Fujita (allant de 0 à 5). Avec des vents atteignant les 320km/h, et des couloirs destructeurs de 200 à 400m, «le niveau 3, voire, 4 est largement atteint», selon le spécialiste. Leur intensité étant en réalité évaluée en fonction des dégâts provoqués.

Des bâtiments pas toujours adaptés. «C'est le chaos en ce moment», indique à CNN James Firestone le maire de la ville de Vilonia dans l'Arkansas, où le centre-ville a été complètement rasé. «Il reste quelques pans de bâtiments debout, du gaz s'échappe des canalisations, les conduites d'incendie sont hors d'état. Nous avons des victimes.» Difficile d’échapper à un tel scénario dans une région où l’habitat est traditionnellement moins solide qu’en Europe. «Ce sont souvent des maisons en bois et pas en briques. Les gens se réfugient en sous-sol. A intensité égale, les tornades américaines font plus de dégâts.», enchaîne le météorologue. Dans cette région, les bâtiments publics sont généralement construits pour résister aux assauts de la nature. Mais rien n’est imposé aux populations.

Des prévisions à améliorer. C’est le principal axe de recherche des scientifiques. La prévision, plusieurs jours à l’avance, permet d’anticiper les risques. Il s’agit aussi de mieux détecter les tornades, une fois lancées. Grace à des radars Doppler, capables d’analyser la rotation des vents dans les orages, il est possible de déterminer le lieu de formation de la tornade et donc d’alerter les populations. Dans ces cas-là, les systèmes d’alertes mis en place aux Etats-Unis offrent un temps de réaction moyen de 5 à 10 minutes pour fuir. Bref, mieux vaut être prêt à courir.

Pas de moyens de détournement. Inutile de rêver. Seul un blockbuster américain pourrait imaginer une intervention humaine pour modifier la trajectoire d’une tornade. «C’est un mécanisme qui génère une telle énergie qu’il n’existe aucun moyen pour le contrôler», tranche le chercheur qui précise aussi que les tornades existent pour rétablir des équilibres de chaleur rompus. Même dans les scénarios les plus fous, «perturber ces phénomènes naturels serait la porte ouverte à toutes les dérives».