Peut-on réellement avoir une relation amoureuse avec un robot?

ROBOTIQUE Après la sortie du film «Her» de Spike Jonze, mettant en scène un homme épris d'amour pour un système d'exploitation...

Romain Scotto

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Joaquin Phoenix tombe amoureux d'un système d'exploitation dans le film
Joaquin Phoenix tombe amoureux d'un système d'exploitation dans le film — Wild Bunch

Question. «Comment un papa ordinateur appelle son fils?» Réponse. «Ma puce.» Voilà pour la blague Carambar de Joaquin Phoenix dans «Her», le dernier film de Spike Jonze. L’intérêt du film repose plutôt sur la relation fascinante entre un être humain et un ordinateur. Amoureux de son système d’exploitation dont la voix est celle de Scarlett Johansson (ça aide), Theodore vit cette love story en 2025, après une rupture réelle cette fois-ci.

Dans un avenir assez proche, il serait donc possible d’entretenir une passion avec une machine, capable d’enregistrer des centaines d’informations sur l’être humain, de les analyser, de le solliciter et de devenir une sorte de partenaire social idéal. Pour Mohamed Chetouani, professeur à l’institut des systèmes intelligents et de robotique, il y a évidemment une part de fantaisie dans ce film, mais tout n'est pas totalement délirant.

Détection de l’autisme chez l’enfant, dépression ou Alzheimer

Actuellement, les ordinateurs sont déjà capables d’analyser des comportements. «A travers la voix et les traits du visage d’un être humain, un robot peut tirer des conclusions sur sa personnalité. Son caractère introverti ou extraverti par exemple.» La technologie développée par les chercheurs est celle du traitement du signal social. Elle consiste à placer des capteurs (caméras, micros) et d’en extraire des paramètres interprétables comme le rythme de parole, la gestuelle, la communication non verbale.

Selon ce spécialiste des interactions entre hommes et robots, cette technologie fait déjà ses preuves en médecine, notamment dans la détection de l’autisme chez l’enfant, la dépression ou Alzheimer. Le scientifique évoque les capacités des machines à évaluer l’âge développemental (non, il n’y a pas de faute) à savoir l'âge lié aux compétences cognitives. «Concrètement, le robot est capable de faire des tâches de jeux avec des enfants et peut se rendre compte des caractéristiques liées à la pathologie.» Par rapport à l’œil humain, l’apport serait énorme. Des tests montrent que les machines auraient des résultats plus probants que des psychologues en matière de reconnaissance de la maladie.

Mais cela ne délivre pas pour autant une «conscience» à la machine. Mohamed Chetouani affirme d’ailleurs sans risque qu’un robot n’atteindra jamais le niveau de développement d’un cerveau humain. «On peut juste trouver des algorithmes qui permettent au robot d’avoir des informations sociales sur l’humain. C’est de l’intelligence sociale.» Pas question donc pour un robot de tomber amoureux, avoir honte, développer un sentiment de confiance.

Des aires de notre cerveau bientôt connectées?

En revanche, les scientifiques travaillent actuellement sur ce qu’ils appellent la synchronie. Entre deux humains, la qualité de l’interaction dépend de cette synchronie comportementale. Sans y faire attention, ils auront tendance à s’imiter (dans la posture, les temps de paroles, les regards) quand ils entretiennent un bon feeling. Il existe aussi une synchronie interne entre leurs aires cérébrales qu'à terme, l’ordinateur pourrait capter pour développer une relation plus intuitive. En attendant, il reste toujours le fruit de l'imagination des réalisateurs américains.