ISS: «Ce n’est pas un restaurant gastronomique là-haut!»

INTERVIEW Dernier Français à partir dans l’espace, Léopold Eyharts a passé 48 jours dans la Station spatiale internationale en 2008…

Vincent Vantighem

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Léopold Eyharts s'apprête à déjeuner dans la Station spatiale internationale, le 15 février 2008
Léopold Eyharts s'apprête à déjeuner dans la Station spatiale internationale, le 15 février 2008 — AP/SIPA

Il a l’air plus ému que Thomas Pesquet. Sans doute parce que Léopold Eyharts sait déjà ce qui attend son jeune successeur une fois qu’il sera dans l’espace. Ancien pilote de l’armée de l’air, il a effectué deux vols spatiaux pour la France. Le dernier, en 2008, lui a permis d’installer le laboratoire Columbus au sein de la Station spatiale internationale (ISS). C’est justement dans cette station que Thomas Pesquet va passer six mois en 2016. Son prédécesseur explique ce qui l’attend…

A quel genre de mission Thomas Pesquet doit-il s’attendre?
Sa mission sera très différente de la mienne. J’avais passé sept semaines dans l’ISS. Lui, ce sera six mois. J’avais décollé des Etats-Unis. Lui décollera de Baïkonour avec un vaisseau Soyouz. D’ailleurs, il repartira avec le même vaisseau. Son taxi restera garé devant la station pendant six mois.

» Lire le portrait de Thomas Pesquet

En quoi va consister sa mission?
Essentiellement de la recherche scientifique. Beaucoup d’expériences sont programmées. Il y participera avec tous les partenaires, russe, américain et même japonais. Ensuite, une partie du travail consiste à assurer la maintenance de la station, notamment en accueillant les vaisseaux qui viennent l’approvisionner. Il ne faut pas oublier que l’ISS est une station qui gravite à 45.000 kilomètres de la Terre et se déplace à 25.000 km/h. Ce n’est pas simple à manœuvrer.

C’est quoi une journée type?
Lever vers 6h. Début des travaux vers 7h30-8h à peu près. Une pause d’une heure le midi. Et la fin des expériences vers 18h. A l’intérieur de ce programme, il faut caler deux heures de sport par jour.

Pourquoi est-ce indispensable de faire du sport dans l’espace?
Etre dans l’apesanteur, c’est un peu comme être allongé sur un lit d’hôpital. On perd de la masse musculaire et de la densité osseuse. Il faut donc faire travailler les muscles pour entretenir le corps. Dans l’ISS, il y a un vélo, un tapis pour courir et une machine de musculation.

Les astronautes sont donc sanglés?
Bien sûr, sinon ils ne tiendraient pas sur le tapis de course. Idem pour dormir. C’est assez surprenant au début d’ailleurs. On a l’impression de flotter dans son sac de couchage. J’avais un peu de mal à dormir d’ailleurs. Mais au final, on repose sur les sangles et les muscles se décontractent.

La nourriture est bonne?
Cela s’est beaucoup amélioré avec le temps. Aujourd’hui, il y a de la nourriture européenne, russe et même japonaise. Après, ce n’est pas un restaurant gastronomique là-haut. Il y a forcément un effet de lassitude, surtout quand on reste six mois. Heureusement, Thomas aura les sorties dans l’espace!