Semaine des maths: Pourquoi les Français sont-ils nuls en maths?

SCIENCES Selon l’OCDE, la France pointe au 25e rang mondial en termes de connaissances mathématiques…

Romain Scotto

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Photo d'illustration d'une élève en classe de mathématiques
Photo d'illustration d'une élève en classe de mathématiques — SIERAKOWSKI/ISOPIX/SIPA

«Dix objets identiques coûtent 22 euros. Combien coûtent 15 de ces objets?» Pour tout élève de CM2 souhaitant entrer au collège, la solution de ce problème passe nécessairement par une règle de trois. Mais pour beaucoup de Français, dont un ancien ministre de l’Education nationale (Luc Châtel en 2011), il n’en faut pas plus pour être désorienté.

Alors que débute la semaine des mathématiques, la France reste à la traîne du classement mondial des pays de l’OCDE (25e), selon les connaissances en maths d’élèves de 15 ans. Une mention passable qui nous place derrière une majorité de pays asiatiques, et plusieurs voisins européens dont l’Allemagne, la Pologne ou la Slovénie.

«Il faudrait un enseignement plus ludique»

Pour Bernard Egger, président de l’association des professeurs de mathématiques de l’enseignement Public (APMEP), il faut préciser que le premier problème français est celui de l’inégalité entre les diplômés et ceux qui possèdent le moins de connaissances en maths. «La France est le pays où il y a le plus d’écart, car l’enseignement est élitiste.»

Vient ensuite la question de la qualité de l’enseignement. L’école du socle, censée apporter un contenu minimum à tout individu entrant au lycée, manque encore de clarté, selon Egger. «On apprend en 4e que ce sont les maths qui permettent de passer en 3e. Mais derrière? Il faudrait une organisation plus globale, par cycles de trois ans. Et un enseignement plus ludique.»

Trop de mots pour compter en français

Michel Vigier, professeur et président d’association de prévention contre l’innumérisme (la non-maîtrise des nombres), en a fait son combat quotidien. Pour lui, il faut modifier l’approche française des maths depuis la grande section de maternelle, la classe où intervient une première erreur à travers le numérotage comptage. Autrement dit, le basique, 1, 2, 3, 4… Or selon le prof, cet apprentissage n’inclut pas la notion de quantité. «Quand les gamins arrivent en CP, demandez-leur de montrer huit doigts. Eh bien, ils comptent sur leurs doigts en changeant de main. Ils n’ont pas l’idée que huit doigts, c’est une main et trois doigts. Ils ont le numéro en tête. L’enfant n’associe pas de quantité.»

Autre problème, la construction de la numération qui nécessite au moins une vingtaine de mots en français. Beaucoup trop pour Vigier: «Toutes les autres langues utilisent dix mots (de 1 à 10 globalement)» et se contentent de les associer pour créer de nouveaux chiffres. Le «nonante-cinq», ou «septante-trois» des Belges nous font sourire. Mais il permettrait pourtant aux enfants de gagner une année de scolarité par rapport aux Français qui doivent donc maîtriser plus de vocabulaire dès le CP. Le «quinze» et le «treize» dans les cas présents.

Pour le retour du boulier

Le mathématicien pointe également les méfaits de l’approche verbale de l’apprentissage, beaucoup trop abstraite selon lui. Il milite d’ailleurs pour l’utilisation de plusieurs outils dont des tableaux d’apprentissages. Mais aussi pour le retour d’un outil simple: le bon vieux boulier. «Fermez les yeux et imaginez la quantité trois, avec des barres. Essayez dix ou sept. impossible.» Le cerveau ne suit plus. Avec le boulier, type suanpan chinois pour les puristes, l’enfant peut de nouveau construire la numération avec des quantités représentables par le cerveau. A terme, il pourrait même trouver sans difficulté la réponse au problème initial. 33.