«Le satellite Corot, un premier pas essentiel»

Propos recueillis par Philippe Berry

— 

Le satellite Corot doit traquer les exoplanètes.
Le satellite Corot doit traquer les exoplanètes. — Vue d'artiste Cnes-I ll D Ducros
Interview de Jean-Louis Counil, responsable du programme astrophysique au Cnes, alors que Corot, le satellite français traqueur d’exoplanètes, est lancé mercredi après-midi.

En quoi le satellite Corot est-il révolutionnaire?
Grâce à ses nouveaux procédés techniques embarqués, il va permettre de détecter plusieurs centaines de planètes extrasolaires. Mais surtout, il sera capable de dénicher de petites planètes rocheuses à peine plus grande que la Terre. Imaginez: pour le moment, on n’a détecté qu’une ou deux planètes telluriques.
Avec Corot, on va donc faire avancer nos modèles de systèmes planétaires. Jusqu’à récemment, on les imaginait tous assez ressemblant à notre système solaire. Mais on s’est par exemple rendu compte qu’il existait de gigantesques planètes gazeuses plus grosses que Jupiter, qui se trouvent plus proches de leur étoile que Mercure de notre Soleil.

Des planètes rocheuses «à peine plus grandes que la Terre»… potentiellement habitables?
Ces planètes ne seront pas des jumelles de la Terre. Corot ne pourra détecter que des objets très proches de leur étoile, qui en font le tour en quelques semaines. La mission Kepler de la Nasa (prévue pour 2009, ndlr) devrait, elle, être capable de traquer des planètes similaires à la Terre.

Les planètes dénichées par Corot risquent donc d’être trop chaudes?
Cela dépendra en partie du type d’étoile de ces systèmes. D’après les hypothèses communément admises, une zone d’habitabilité est liée à la présence d’eau liquide. Pour que la vie émerge, l’existence d’une atmosphère protectrice, maintenue en place par un champ magnétique, semble également indispensable. Il faudra attendra d’autres missions comme le projet Darwin pour observer directement ces planètes. Grâce à Corot, on saura où regarder. C’est un premier pas essentiel.

Certains soulignent qu’on comprend à peine le mécanisme d’apparition de la vie sur Terre, et qu’il faudrait commencer par là avant d’aller regarder si loin…
C’est vrai qu’il nous reste encore beaucoup à apprendre. Mais les deux vont de paire! Qui peut dire si ce n’est pas en regardant loin qu’on comprendra comment ça s’est passé chez nous…