Un gène et beaucoup de maux

Yaroslav Pigenet

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Une découverte inattendue. Deux articles publiés simultanément viennent de mettre en évidence que notre capacité à avoir mal ne tient qu’à un gène, dont la mutation peut amplifier ou faire complètement disparaître la perception de douleur physique.

L’équipe dirigée par Geoffrey Woods, du Cambridge Institute for Medical Research, a étudié le cas de six enfants pakistanais âgés de 6 à 14 ans, membres d’un même clan familial, et connus dans leur région pour être totalement insensibles à toute forme de douleur physique.

En comparant leur ADN, les chercheurs ont constaté qu’ils partageaient tous une même mutation d’un gène baptisé «SCN9A». Ils ont ainsi découvert que ce gène, normalement très actif dans les cellules nerveuses, permet la production d’une protéine essentielle à la transmission des signaux nerveux de la douleur.

Parallèlement à ces travaux publiés cette semaine dans la revue «Nature», une autre équipe de médecins et de biologistes, menée par Mark Gardiner de l’University College of London, a pu démontrer dans la revue «Neuron» ,le rôle direct du «SCN9A» dans certaines formes de douleurs chroniques. Ils ont ainsi découvert qu’une autre mutation de ce gène était responsable d’un syndrome familial très handicapant qui se manifeste par des douleurs musculaires intenses dès que l’individu fait un effort.

Selon Woods et ses collaborateurs, la découverte d’un gène «déclencheur» unique pour la douleur est une véritable surprise. Elle permet d’espérer la mise au point prochaine d’une nouvelle génération d’analgésiques capables de traiter des douleurs intenses et chroniques par thérapie génique, en ciblant spécifiquement le «SCN9A».