La Lune, en attendant mieux

Yaroslav Pigenet

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La Nasa envisage d'établir une petite colonie d'astronautes au pôle sud de la Lune autour de 2020 qui sera la première étape d'un programme d'exploration humaine ambitieux du système solaire, a annoncé lundi l'agence spatiale américaine.
La Nasa envisage d'établir une petite colonie d'astronautes au pôle sud de la Lune autour de 2020 qui sera la première étape d'un programme d'exploration humaine ambitieux du système solaire, a annoncé lundi l'agence spatiale américaine. — Adalberto Roque AFP/Archives

En annonçant mardi que, pour la prochaine décennie, la Nasa se fixait l’objectif d’établir une base habitée permanente sur la lune, les officiels de l’agence spatiale étaient certains d’attirer l’attention bienveillante du public, pas forcément celle des scientifiques.

Scott Horowitz, l’un des administrateurs de l’Exploration Systems Missions Directorate, la division de la Nasa chargée de superviser les futures missions planétaires habitées «pour moins de un pour cent du budget fédéral», a profité de l’inauguration d’une conférence consacrée à l’avenir de l’exploration spatiale pour confirmer un projet proposé par Bush dès 2004 et mis en chantier cette année par la Nasa.

Chine, Japon et Inde
A long terme, l’objectif affiché de cet ambitieux projet est d’acquérir le savoir-faire et les techniques nécessaires pour mener à bien une future mission habitée sur Mars. C’est aussi un moyen pour les Etats-Unis de réaffirmer leur leadership spatial au moment où, après la Chine, le Japon et plus récemment l’Inde ont manifesté leur intérêt pour notre satellite.

Les projets d’installation lunaire passent par l’abandon de la navette spatiale en 2010 au profit du nouveau vaisseau spatial Orion… dont le premier vol (inhabité) n’est pas prévu avant 2014.

Horowitz a néanmoins indiqué que d’ici 2024, la Nasa devrait disposer d’une base lunaire permanente installée prés du pôle sud de la Lune ; ceci afin de bénéficier d’un ensoleillement maximal et de la proximité de sites scientifiquement intéressants comme le cratère de Shakelton, dans le sol duquel certains pensaient avoir repéré de l’eau gelée. L’idée n’est pas nouvelle : elle avait déjà été discutée lors d’un congrès organisé en 2002 par l’agence spatiale européenne (ESA). Et il y a peu, c’est l’agence spatiale japonaise Jaxa qui annonçait une présence japonaise permanente sur la Lune en 2025.

«Trucs de cowboys»


L’enthousiasme et l’optimisme affichés par Horowitz ne sont pas partagés par tous les chercheurs. Commentant l’annonce de la Nasa dans le blog scientifique Cosmic Variance, l’astrophysicien Sean Carroll s’interroge sur l’intérêt scientifique d’un tel projet et sur les choix budgétaires qu’il implique : « Il est frustrant d’être aussi tiède à propos d’une grande aventure humaine dans l’espace, pour laquelle j’aimerais beaucoup être enthousiaste. Mais rien dans cette opération n’inspire ni la confiance, ni l’émerveillement (…) Il aurait été heureux qu’on laisse la Nasa se concentrer sur des recherches où elle excelle, et qu’on laisse les trucs de cow-boy de l’espace aux X-Prize ».