Carrières scientifiques: Les femmes restent les inconnues de l'équation

SCIENCES Les femmes sont encore peu présentes dans les métiers scientifiques, malgré des initiatives pour inciter les jeunes à investir ces carrières...

Audrey Chauvet

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Dans un laboratoire lillois.
Dans un laboratoire lillois. — M. Libert / 20 Minutes

Cherchez les femmes dans les laboratoires de recherche ou dans les écoles d’ingénieurs: elles ne sont pas légion. Elles ont beau être bonnes élèves, les sciences ont encore du mal à les séduire, et dès la Terminale S, elles ne représentent que 45% des effectifs. Une étude du cabinet Global Contact, publiée le 9 septembre, révèle que les bancs des facs de sciences ne comptent que 34% de femmes, et dans les écoles d’ingénieurs, les filles ne représentent que 27% des étudiants, selon une étude sur l’état de l’enseignement supérieur et de la recherche en France datant de février 2013. La France accuse même un retard par rapport aux autres pays européens, avec seulement 27% de chercheurs femmes contre 33% en Europe, d’après le Bulletin des statistiques de l’Unesco de décembre 2012.

Plus facile de désintégrer un atome qu’un préjugé

Les raisons de cette désaffection ont été étudiées par des sociologues, parmi lesquels Marie Duru-Bellat qui, dans Ecole de garçons, école de filles paru en 2004, estimait que les professeurs de sciences, majoritairement masculins, ne portaient pas la même attention aux élèves selon leur sexe, «prédisant pour les garçons des réussites ultérieures supérieures à celles des filles». Une reproduction sociale inconsciente, le plus souvent, mais qui vient renforcer les préjugés des jeunes filles, par ailleurs effrayées par des carrières difficilement conciliables avec une vie de famille.

Pour Colette Guillopé, présidente d’honneur de l’association Femmes et sciences et professeur de mathématiques à l’université Paris-Est Créteil, ce ne fut pas facile de faire accepter sa vocation à sa famille: «Les attentes n’étaient pas les mêmes envers moi et envers mes frères. On s’attend à ce qu’une femme s’occupe de sa famille», confie-t-elle. Aujourd’hui, elle dénonce les stéréotypes qui empêchent les jeunes filles de se lancer dans des études scientifiques: «Des jouets pour les enfants aux livres scolaires, tout est très sexué.» Et si les filles sont de plus en plus présentes dans les domaines médicaux ou la biologie, Colette Guillopé rappelle que «l’on s’attend à ce que les filles fassent du “care”, s’occupent des autres, d’où leur attrait pour la médecine».

Donner le goût des sciences

Des initiatives ont vu le jour pour inciter les filles à investir les carrières scientifiques. Emanant le plus souvent du secteur privé, les bourses de recherche essaient de donner un coup de pouce financier aux jeunes chercheuses. Mais surtout de «récompenser l’excellence des travaux scientifiques des doctorantes», assure Geneviève Dupont, directrice de la communication L’Oréal France, dont la fondation attribue chaque année, en partenariat avec l’Unesco, 25 bourses de 15.000 euros dans le cadre de son programme «Pour les femmes et la science».

Rôle des activités du cortex pour le stockage de la mémoire, analyse de la migration des cellules dans le cadre de tumeurs du sein, étude de nanoparticules scintillatrices à visée thérapeutique ou étude mathématique des équations de la gravitation, les recherches des jeunes femmes récompensées sont impressionnantes. «Il faut soutenir ces carrières scientifiques pour donner l’envie aux plus jeunes de faire de la science», répète Geneviève Dupont. Les laboratoires et instituts de recherche scientifique pourraient bien leur ouvrir les bras, à défaut des prix Nobel: «Les femmes sont invisibles dans les sciences comme dans beaucoup de domaines», déplore Colette Guillopé.