Du silex aux nanotechnologies

— 

Les nanotechnologies, que certains voient porteuses d'une nouvelle révolution industrielle, sont-elles condamnées par les inquiétudes de l'opinion ? Scientifiques, industriels et politiques redoutent un rejet comparable à celui qui a étouffé dans l'oeuf le développement des OGM en France.
Les nanotechnologies, que certains voient porteuses d'une nouvelle révolution industrielle, sont-elles condamnées par les inquiétudes de l'opinion ? Scientifiques, industriels et politiques redoutent un rejet comparable à celui qui a étouffé dans l'oeuf le développement des OGM en France. — Jean-Pierre Clatot AFP/Archives

Après avoir colonisé la terre entière grâce à la pierre taillée, l’homme va peut-être s’installer sur Mars grâce aux ballons. L’Institut des Etudes Avancées de la Nasa (NIAC) a en tout cas alloué une subvention de 9000$ à l’élève ingénieur Rigel Woida pour qu’il développe son concept de ballons-miroirs capables de réchauffer localement la surface de Mars en concentrant la lumière du soleil. Selon la revue New Scientist, le projet de Woida consiste à placer en orbite autour de la planète rouge 300 ballons en mylar de 150 mètres de diamètre et disposés côte à côte : on obtient ainsi un miroir de 1,5 km de côté capable de réfléchir et de concentrer le rayonnement solaire sur une superficie limitée du sol martien. Selon Woida, son dispositif permettrait de faire monter la température ambiante de -60°C à +20°C sur une zone de 1km2. De quoi créer un havre martien, une base à ciel ouvert où les astronautes pourraient se passer de lourdes combinaisons d’isolation thermique, où les panneaux solaires fourniraient plus d’énergie et où l’on pourrait éventuellement produire de l’eau liquide en faisant fondre la glace présente dans le sous-sol.
Moins ambitieuse que certains projets de terraformation qui envisagent de modifier le climat de Mars pour le rendre habitable à très long terme, l’idée de Woida parait cependant plus réaliste, car moins couteuse, plus rapide et plus facile à mettre en œuvre.

Après avoir surtout inspiré la recherche fondamentale et les auteurs de science-fiction, les nanotechnologies sont aujourd’hui devenues un enjeu industriel. Un récent rapport publié par le Woodrow Wilson International Center for Scholars a ainsi montré que plus de 200 produits distribués aux Etats-Unis contiennent déjà des nanomatériaux. Alors que certains présentent les nanotechnologies comme un eldorado industriel, médical et écologique, les auteurs du rapport rappellent cette semaine dans un commentaire de la revue Nature qu’il est maintenant urgent d’évaluer les risques pour la santé et l’environnement que pourraient induire, à long terme, l’utilisation et la dissémination incontrôlée de nanomatériaux et autres machines moléculaires. En effet, selon eux, « le spectre d’un danger potentiel –qu’il soit réel ou imaginaire- menace de ralentir le développement des nanotechnologies si une information claire, indépendante et faisant autorité n’est pas fournie sur ce que sont les risques et comment les éviter ».
Ils font ainsi l’inventaire de 5 défis auxquels devront répondre les nanotechnologies pour être acceptables par le grand public :

1. Mettre au point, d’ici 3 à 10 ans, des outils permettant de mesurer le taux d’exposition aux nanomatériaux
2. Développer et valider, d’ici 5 à 15 ans des méthodes d’évaluation de la toxicité des nanomatériaux
3. Elaborer, d’ici à 10 ans, des modèles permettant de prédire l’impact des nanomatériaux sur la santé et l’environnement
4. Mettre en place, d’ici à 5 ans, un dispositif de « nanovigilance » permettant d’évaluer les effets d’une exposition prolongée aux nanomatériaux.
5. Mettre en place , d’ici à 1 an, des programmes de recherche permettant de susciter véritables études de risque.

Depuis qu’il maîtrise le feu, l’homme n’a cessé d’améliorer les techniques lui permettant de manipuler et d’exploiter les propriétés physico-chimiques de la matière. Après tout, les nanotechnologies, ne sont que le prolongement naturel de cette évolution. On peut même faire des nanotechnologies sans le savoir, comme viennent de le découvrir une équipe de physiciens de l’Université Technique de Dresde. Dans une brève communication à Nature, les chercheurs affirment qu’ils ont découvert des traces de nanotubes de carbone dans l’acier des fameuses lames de Damas qu’utilisaient, entre autres, les cavaliers musulmans au temps des croisades. La technique de fabrication ancestrale de cet acier d’une résistance exceptionnelle avait été perdue au XVIIIème siècle : les métallurgistes arabes du moyen-age utilisaient donc des nanomatériaux qui ont été (re)découverts et isolés à l’aide des outils de la chimie moderne dans les années 80.
Une récente « dispute » organisée par l’Université de Tous les Savoirs entre les physiciens Claire Weil et Claude Weisbuch permet d’appréhender mais aussi de relativiser l’impact qu’ont et auront les nanotechnologies sur notre vie.


Yaroslav Pigenet (ypigenet(at)20minutes.fr)