Les goûts alimentaires seraient inscrits dans nos gènes

SCIENCES Des chercheurs français ont montré que notre héritage génétique déterminait ce que nous aimons manger...

Audrey Chauvet

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La France est le premier marché mondial en volume de petits pots et assiettes repas consommés chaque année par enfant.
La France est le premier marché mondial en volume de petits pots et assiettes repas consommés chaque année par enfant. — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

Si vous n’aimez pas l’amertume des endives, l’acidité de la rhubarbe ou que vous êtes accro au sucré des cerises, c’est de la faute de vos parents. Pas parce qu’ils vous en ont fait manger tout petit, mais parce qu’ils vous ont transmis des gènes qui ne vous permettent pas d’apprécier ces aliments. Selon une étude de l’Inserm publiée lundi, l’aversion pour un aliment serait associée à un gène particulier des aires gustatives du cerveau chez le poisson zèbre, sur lequel les études ont été menées.

Les chercheurs français ont nourri des larves de poisson zèbre avec de la nourriture à laquelle ils ont alternativement ajoutés des goûts amers, acides et sucrés. Les deux premiers goûts ont été rejetés lors des premiers repas et ce refus de manger s’accompagnait chez les larves d’une surexpression d’un gène, le egr-1. En resservant plusieurs fois la même chose aux poissons, ils ont fini par s’habituer aux goûts acides et amers tandis que l’expression du gène diminuait.

Un outil de lutte contre le diabète ou l’obésité?

«Ces résultats montrent qu’une aversion alimentaire déclenche un mécanisme qui contribue à l’éducation du goût, expliquent Frédéric Rosa et Brigitte Boyer, co-auteurs des travaux. A ce stade, nous ne connaissons pas la fonction du gène egr-1 mais il pourrait par exemple être impliqué dans la mémoire gustative, permettant à l’organisme de s’habituer à l’aliment et de le reconnaître comme comestible», suggèrent les chercheurs.

Reste maintenant à savoir si ce qui est observé au poisson zèbre est applicable à l’homme. «Il se pourrait qu’un mécanisme identique existe chez l’homme car le gène egr-1 est très conservé au cours de l’évolution et existe chez les humains, pense Frédéric Rosa.  A terme, le fait de bien connaitre ces mécanismes pourrait permettre d’intervenir pour tenter de modifier des composantes liées aux goûts. L’appétence pour le sucré des personnes obèses ou diabétiques est par exemple problématique pour contrôler leur maladie. Peut-être arriverons-nous un jour à réduire l’intérêt des patients pour ces aliments. Mais à ce stade, cela relève presque de la science-fiction», avertit le chercheur.