Des lettres et des chiffres

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Pour les chercheurs en biologie, les mots sont parfois aussi importants que les chiffres ; en particulier quand ils doivent faire accepter aux profanes les travaux sur le génie génétique. Ainsi selon la revue New Scientist, des biologistes américains pensent qu’on devrait abandonner le terme de « clonage thérapeutique » - qui semble de plus en plus anxiogène pour le grand public. Ils proposent qu’on désigne désormais ce type de manipulations par une expression synonyme techniquement plus exacte et éthiquement plus neutre : transfert de noyau de cellules somatiques (TNCS). On a déjà observé ce genre de substitution pour l’avortement, qui, pour les médecins, est devenu une interruption volontaire de grossesse (IVG). Les partisans de cette réforme lexicale pensent que la généralisation de l’acronyme TNCS permettrait de faire la distinction entre les travaux portant sur le clonage thérapeutique de ceux, beaucoup plus contestés, qui ont pour but le clonage reproductif. Kathy Hudson et ses collègues du Genetics and Public Policy Center de Washington, ont ainsi constaté que lorsqu’on demande aux américains leur avis sur l’utilisation de cellules souches pour réparer des tissus et des organes humains, ils sont 29% à y être favorable lorsqu’on emploie le terme « clonage » ; ce taux d’approbation monte à 46% si on utilise à la place le terme « TNCS ».

La linguistique peut être très utile aux biologistes ; non seulement pour améliorer leur image auprès du public, mais aussi pour découvrir de nouveaux antibiotiques ! Une équipe américaine de biologistes et de spécialistes du langage s’est ainsi intéressé à une classe de petites protéines –appelés aussi peptides - secrétées naturellement et capables de combattre certains microbes. En fait, ces antibiotiques naturels, que l’on retrouve aussi bien dans le venin des scorpions que dans la transpiration humaine, contiennent des enchainements d’acides aminés, des sites actifs, qui interférent avec plusieurs molécules impliquées dans le métabolisme des bactéries. A l’aide d’un algorithme utilisé pour analyser les langues naturelles ou artificielles, Christopher Loose et ses collègues du laboratoire de bioinformatique du MIT ont étudié des centaines de ces peptides afin de découvrir comment s’y combinent les sites actifs.
En gros les chercheurs ont étudiés ces petites protéines comme des phrases dont les mots étaient les sites actifs. Ils ont ainsi découvert que ces peptides respectent une sorte de syntaxe. Comme une phrase bien formée, où noms, pronoms, verbes et adjectifs ont une place déterminée par les règles de grammaire, pour qu’un peptide soit efficace, des séquences d’acides aminés ne peuvent occuper que certaines positions et ne peuvent pas toutes se combiner harmonieusement entre elles.
Munie de cette grammaire, l’équipe, dont les travaux sont publiés dans la revue Nature , est ensuite parvenue à synthétiser une quarantaine de nouveaux peptides antibiotiques. L’un d’entre eux est efficace contre le Staphylocoque doré, une bactérie résistante très fréquente à l’hôpital. Selon les auteurs de l’étude, leur méthode pourrait permettre de produire facilement et sur mesure, 50 000 nouveaux peptides antibiotiques.

Pi, e ou phi –le nombre d’or- sont à la fois des lettres, des nombres… et des stars de la science depuis presque 2000 ans. Comme la racine carrée de 2 – qui n’est jamais que la longueur de la diagonale d’un carré de coté 1- ou pi – la longueur d’un cercle de diamètre 1, ces nombres sont issus de concepts géométriques simples mais leur valeur numérique ne peut être calculée que par approximation. Afin de faire découvrir au grand public les propriétés mathématiques extraordinaires et les manifestations les plus concrètes de ces nombres remarquables, la Cité des Science y a consacré un cycle de trois conférences. Les intervenants s’appuyant sur de nombreuses figures et schémas, chaque vidéo est accompagnée d’un diaporama contenant les transparents projetée durant la conférence.

Yaroslav Pigenet (yarek.blog.20minutes.fr)