Du gaz dans l'eau

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Après la Belgique, les Pays-Bas et l'Allemagne, touchés par la fièvre catarrhale du mouton, la France pourrait être à son tour confrontée à une menace d'épidémie de la maladie de la "langue bleue", après la découverte du virus sur deux vaches laitières dans le nord de la France.
Après la Belgique, les Pays-Bas et l'Allemagne, touchés par la fièvre catarrhale du mouton, la France pourrait être à son tour confrontée à une menace d'épidémie de la maladie de la "langue bleue", après la découverte du virus sur deux vaches laitières dans le nord de la France. — Thierry Zoccolan AFP/Archives

A quel point contribuons-nous individuellement au réchauffement de la planète ? Pour en avoir une petite idée, on peut désormais estimer assez précisément la quantité de CO2 que l’on rejette dans l’atmosphère chaque année grâce au calculateur mis en ligne par l’ONG irlandaise GRIAN. Il suffit de donner sa consommation électrique, son type de véhicule, son kilométrage, le carburant utilisé, le nombre et la nature de ses déplacement (avion, train, etc) et le calculateur évalue nos émissions « personnelles » de CO2.

Lorsqu’on parle de réchauffement climatique et de gaz à effet de serre, on pense presque toujours au dioxyde de carbone en oubliant généralement le méthane. Pourtant, chaque gramme de méthane relâché dans l’atmosphère a un pouvoir de réchauffement 23 fois plus important que la même masse de CO2. Actuellement, on estime que les deux tiers des émissions de méthane sont directement dus à l’activité humaine : rizicultures, flatulences du bétail, fermentation des ordures, fuites lors de l’extraction pétrolière, etc. L’autre tiers est apporté par la fermentation bactérienne dans les zones tropicales humides, voire, comme on l’a découvert récemment, par la végétation.

Selon le Panel Intergouvemental sur le Changement Climatique, la concentration de méthane dans l’atmosphère a ainsi presque triplé depuis l’époque préindustrielle. Toutefois, alors que les émissions totales augmentaient de 10% par an jusqu’aux années 80, elles semblaient s’être stabilisées pendant les années 90. Un phénomène mystérieux que les plus optimistes des experts ont attribué au contrôle des émissions d’origine humaine, d’autres y voyant un effet du démantèlement industriel de l’empire soviétique…

Nature vient de remettre en question les interprétations optimistes. Ainsi, Philipe Bousquet, du Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement et son équipe affirment, dans un article publié cette semaine par la revue, que les émissions humaines de méthane n’ont cessé de croître, mais que cette augmentation a été masquée par une diminution temporaire des émissions naturelles. Les chercheurs ont réinterprété les milliers de relevés atmosphériques recueillis entre 1984 et 2003 à l’aide d’une nouvelle modélisation numérique capable de « tracer » l’origine des émissions de méthane. Selon eux, les sécheresses des années 90 ont entamé l’étendue des zones tropicales humides, provoquant une réduction de la quantité de méthane produit par fermentation bactérienne. Le modèle indique que cette diminution des émissions tropicales a jusqu’alors masqué l’augmentation considérable des émissions provoqué par l’essor économique de la Chine.

L’ennui, c’est que ce rétrécissement des zones inondées n’est que transitoire, notamment en raison de la montée du niveau des mers consécutive à la fonte des glaces. Bref, après une phase de stabilisation, le taux de méthane dans l’atmosphère devrait rapidement recommencer à grimper, amplifiant dramatiquement le réchauffement actuellement observé.

Yaroslav Pigenet (yarek.blog.20minutes.fr)