Chasseurs de fantômes

— 

Les paléoanthropologues ont un privilège : eux seuls peuvent nous enthousiasmer pour les restes d’un enfant de trois ans ou d’une jeune femme de 20 ans. Cette semaine, Nature ne publie pas seulement la découverte du premier squelette quasi-complet d’un enfant australopithèque par une équipe internationale dirigée par l’éthiopien Zeresnay Alemsged. La revue scientifique en profite pour rendre hommage au travail du chercheur franco-tunisien Maurice Taieb. Il fut le premier, à la fin des années 60 à comprendre l’intérêt archéologique de la vallée du fleuve Awash (Ethiopie); un site où, en trente ans, Lucy, des dizaines de ses congénères australopithèques et une riche faune préhistorique ont revu le jour.

Et si les archéologues sont accusés, parfois à juste titre, d’être des pilleurs de sépultures, ils sont aussi les seuls à pouvoir ressusciter les espèces, les cultures et les civilisations disparues. Grâce à l’initiative de Pierre Briant, un professeur du Collège de France, tous les internautes peuvent désormais redécouvrir les splendeurs de la civilisation perse sur Mavi. Ce musée virtuel interactif entièrement consacré à l’empire achéménide réunit une collection commentée de 10.000 photos haute résolution de pièces appartenant aux grands musées du monde entier. Les fantômes de Cyrus et d’Alexandre le Grand apprécieront.

Tout autre chose avec les criquets mâles : une biologiste américaine, Marlène Zuk, vient de percer à jour une étonnante adaptation de ces insectes dont la principale préoccupation est de se faire remarquer par les femelles. Pour ce faire, les crickets chantent, ou plus exactement, produisent un sifflement en frottant leurs ailes les unes contre les autres. Or ce crissement à la fâcheuse conséquence d’attirer aussi les prédateurs. N’entendant plus leur chant caractéristique dans la nature, la biologiste américaine a d’abord pensé que les criquets hawaïens étaient en voie de disparition. En fait, elle vient de découvrir que 90% des Teleogryllus oceanicus mâles possèdent désormais une caractéristique qui empêche leurs ailes de produire un son audible, ce qui les met à l’abri de leurs ennemis. Toutefois, ces criquets « fantômes » ne sont pas fous : pour préserver leur chance de se reproduire en rencontrant des femelles, ils s’agglutinent à proximité des derniers mâles encore capables d’émettre des sons.

Côté médecine, la nouveauté de la semaine provient d’une clinique privée américaine, le Rehabilitation Institute of Chicago qui propose une piste pour lutter contre le syndrome dit « du membre fantôme » et qui concerne certains amputés souffrant encore de douleur dans leur membre perdu. Des neurologues savent désormais remplacer ce membre absent par une prothèse bionique contrôlable « par la pensée ».

Dans la vie de tous les jours, percevoir des fantômes n’est pas considéré comme un signe de bonne santé mentale, alors que le problème est souvent neurologique. Les psychiatres, et Guy de Maupassant, ont ainsi décrits plusieurs cas de patients se plaignant de ressentir en permanence la présence « d’une personne dans leur dos ». Une équipe de chercheurs suisses et américains vient de découvrir que cette sensation, généralement associée à la paranoïa ou la schizophrénie, a peut-être une base neurologique. En examinant le cerveau d’une patiente épileptique, ils ont pu déclencher à volonté cette sensation de « Horla » chez leur sujet en stimulant électriquement une zone du cerveau située au dessus de l’oreille gauche. Un générateur de fantôme, en quelque sorte…


Yaroslav Pigenet