Dans la lignée de Lucy, le "bébé de Dikika"

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 On connaissait Lucy, l’australopithèque la plus célèbre du monde, découverte en 1974 par le paléonthologue français Yves Coppens et baptisée ainsi en hommage à la célèbre chanson des Beatles « Lucy in the sky » diffusée à la radio au moment de la découverte. Voici désormais sa « fille », surnommée « le bébé de Dikika », mise à jour sur le même site, en Ethiopie : un squelette remarquablement préservé d’une petite australopithèque âgée d’environ trois ans au moment de sa mort, il y a environ 3,3 millions d’années.
Cette découverte, réalisée par une équipe scientifique internationale à laquelle participe un chercheur français du CNRS, est exceptionnelle à plus d’un titre. C’est la première fois qu’un squelette d’enfant quasi complet et aussi ancien est mis à jour. Jusqu’à présent, les découvertes de cette ampleur concernaient les Néanderthaliens, les cousins « récents » de l’homme moderne, âgés de moins de 100 000 ans. Jamais l’un de nos très lointains ancêtres - en ligne indirecte- Australopithecus afarensis n’avait ainsi livré de si jeunes ossements : la quasi-totalité des os, du crâne aux doigts de pieds en passant par des fragments de phalanges et de côtes, se sont retrouvés sous le pinceau des paléontologues. Les chercheurs ont même retrouvé les dents de lait, permettant ainsi de donner un âge au squelette.
L’étude de ces restes va permettre de mieux connaître l’anatomie et le mode de déplacement de ces australopithèques. Selon les premiers éléments, livrés dans la prestigieuse revue Nature qui en fait sa Une, l’étude des membres inférieurs montre que cette petite fille, haute de 40 centimètres, était bipède, alors que ses bras et ses mains, longues et recourbées, conservent des caractéristiques propres aux grands singes grimpeurs. Mais il faudra attendre encore des années avant qu’une description complète ne soit faite : le squelette n’est pas encore entièrement dégagé de sa gangue de sédiment.
Seul un concours de circonstances exceptionnelles a permis à ces ossements d’être conservés. Fragiles, les os des enfants disparaissent généralement rapidement, d’où la rareté des découvertes de cette ampleur. Il semble que le « bébé de Dikika », qui vivait dans une savane arborée, a sans doute été emporté par une crue : le corps a été aussitôt enseveli dans la boue, empêchant ainsi les charognards de le détruire.

Carole Chatelain