La grippe en accès libre

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Afin de lutter plus efficacement contre une prochaine pandémie de grippe, 70 scientifiques viennent de décider de mettre en libre accès les séquences génétiques des différentes souches grippales analysées à travers le monde. La communauté scientifique espère que cette mesure, en accélérant la circulation de l’information, permettra aux laboratoires et aux chercheurs de progresser plus vite.

A mesure qu’avançait l’épidémie de grippe aviaire et qu’augmentait le risque d’un passage du virus H5N1 de l’oiseau à l’homme, de nombreux chercheurs se sont élevés contre le fait que les organismes de santé nationaux et internationaux restreignent l’accès aux séquences génétiques de virus grippaux en leur possession. En effet, ce protectionnisme scientifique, dont les motifs sont autant politiques qu’économiques, a parfois ralenti les travaux des chercheurs en les empêchant d’avoir une vision globale du génome de H5N1.

Ces difficultés ont conduit à une mini-fronde scientifique initiée par Ilaria Capua, qui enseigne la virologie vétérinaire à l’Université de Padoue (Italie). En mars dernier, la chercheuse a décidé de ne pas confier ses séquences génétiques virales dans la base de donnée de l’OMS – dont l’accès est réservé – mais plutôt de les déposer dans la base de données publique GenBank. Capua a appelé ses collègues à faire de même.

Six mois plus tard, l’idée d’une base de données publiquement accessible s’est finalement imposée : 70 scientifiques et professionnels de santé du monde entier, dont 6 prix Nobel, ont décidé de partager leurs données sous la supervision du consortium international GISAID (Global Initiative on Sharing Avian Influenza Data) (http://gisaid.org/). Parmi les signataires, on compte 6 prix Nobel et surtout plusieurs scientifiques provenant des pays les plus affectés par la grippe aviaire (Indonésie, Chine, Vietnam…)

Les scientifiques membres du GISAID acceptent de partager leurs séquences génétiques avec les autres membres, d’analyser leurs résultats conjointement, et de participer à des publications collectives. Après un délai maximum de six mois – nécessaire pour vérification et validation – les séquences seront déposées dans les trois banques de données génétiques en accès public : l’EMBL européenne(http://www.ebi.ac.uk/embl/) , la DDBJ japonaise (http://www.ddbj.nig.ac.jp/) et la GenBank américaine (http://www.ncbi.nlm.nih.gov/entrez/query.fcgi?db=Nucleotide).

La création du GISAID a été annoncée par ses principaux signataires dans une lettre publiée par la revue scientifique Nature. Un peu avant cette initiative, le gouvernement indonésien avait annoncé qu’il acceptait de rendre publiques les données génétiques sur la grippe en sa possession ; suivi de peu par le Center of Disease Control américain qui a publié le génöme de 650 souches virales. Ilaria Capua est très optimiste et pense que de plus en plus de chercheur et d’organisations rejoindront bientôt le GISAID.

Pour en savoir plus :

Site d’information du gouvernement français sur la grippe aviaire

L’article Wikipedia consacré à la grippe aviaire

Un blog/forum bien documenté sur la grippe


Yaroslav Pigenet (yarek.blog.20minutes.fr)