L'Institut Pasteur ouvre un nouveau centre de recherche pour mieux appréhender les épidémies

SANTE Ce centre de recherche sur les maladies émergentes est inauguré ce mercredi. Il doit permettre d'identifier n'importe quel nouveau virus le plus rapidement possible pour mieux contenir les épidémies...

Bérénice Dubuc

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Le centre de recherche sur les maladies émergentes de l'Institut Pasteur, inauguré à Paris le 14 novembre 2012.
Le centre de recherche sur les maladies émergentes de l'Institut Pasteur, inauguré à Paris le 14 novembre 2012. — Institut Pasteur

L’Institut Pasteur inaugure ce mercredi un centre de recherche sur les maladies émergentes. Près de 400 scientifiques seront accueillis à terme dans ce centre financé par l’Etat, par des contrats de recherche et de la valorisation des résultats scientifiques, et par des dons et legs.

Objectif: identifier n’importe quel nouveau virus le plus rapidement possible pour mieux contenir les épidémies. «L’idée du centre est de faire travailler ensemble, au même endroit des équipes avec des compétences différentes -épidémiologistes, virologues, immunologistes, spécialistes de la biologie structurale… - avec une technologie dernier cri», explique à 20 Minutes le professeur Arnaud Fontanet, chef de l’unité d’épidémiologie des maladies émergentes à l’Institut Pasteur.

Trois modes d’émergence

Ces équipes travaillent sur les «maladies émergentes», soit «les nouvelles maladies infectieuses qui font irruption chez l’homme». Il existe trois modes différents d’émergence, explique le professeur Fontanet. «La plus fréquente, un virus qui passe de l’animal à l’homme, en passant les barrières de l’espèce et en s’adaptant à un nouvel hôte.» Cela a été le cas du Sida, passé du chimpanzé à l’homme dans la première moitié du XXe siècle, ou du Sras (Syndrome respiratoire aigu sévère), passé en 2002-2003 de la chauve-souris à la civette, consommée dans des restaurants exotiques de Canton où le virus a été transmis à l’homme.

Deuxième mode d’émergence, la mutation d’un virus (comme cela arrive régulièrement pour les virus de la grippe) ou d’une bactérie (par résistance acquise aux antibiotiques, comme le staphylocoque doré par exemple). Enfin, le changement de zone géographique peut être mode d’émergence: un virus connu dans une zone définie se déplaçant vers une autre zone, comme cela a été le cas pour le chikungunya (qui s’est déplacé de l’Afrique de l’Est vers l’Océan Indien en 2005 grâce à des moustiques de genre Aedes).

«Pour l’instant, nous surveillons beaucoup les "foyers d’explosion" et les foyers de présentation épidémique atypique, car c’est là que l’on peut redouter une crise majeure», précise le professeur Fontanet. «On sait qu’on a à peu près tous les ans une alerte, comme l’hantavirus en Californie ou le coronavirus dans le Golfe cette année, et tous les cinq ans une crise grave, comme le Sras, la vache folle, le Sida…», ajoute-t-il.

Identifier un nouveau virus en quelques jours

Avec trente instituts répartis à travers le monde, les équipes de l’Institut Pasteur sont à même de faire de la veille et possèdent «de très bons relais en cas d’émergence». Une fois les équipes du centre mises à contribution et le virus identifié, l’institut peut sortir très vite un test diagnostic -qui permet d’identifier si un patient est touché ou non par le nouveau virus- et, plus tard, un traitement ou un vaccin.

«Identifier le virus du Sida a pris deux ans, identifier le coronavirus du Sras a pris un mois. Aujourd’hui, avec des techniques comme le séquençage à haut débit, on devrait pouvoir être capables d’identifier un nouveau virus, quel qu’il soit, en quelques jours, une quinzaine de jours au maximum.»

Et à quoi faut-il s’attendre comme maladie? «Aujourd’hui, je suis plus inquiet de la nature que de créations de personnes malveillantes. Tous les jours, de nouveaux virus sont identifiés. Le grand public craint plus ceux qui se transmettent par voie respiratoire, mais les virus qui on fait le plus de mal -comme le Sida ou l’hépatite C- sont des virus dont le mode de transmission est plus complexe (sang, rapports sexuels), et dont l’incubation est plus longue. Ils sont moins explosifs dans leur expression initiale, mais lorsqu’ils apparaissent dans la population humaine, il y a déjà beaucoup de personnes contaminées et cela rend l’endiguement de l’épidémie plus difficile.»