Etats-Unis: Vers une prise en charge de la circoncision par la sécu?

SANTÉ ne étude de l'Académie américaine de pédiatrie plaide pour le remboursement de la circoncision par l'assurance maladie...

Nicolas Bégasse

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Photo d'illustration: Un bébé d'un mois.
Photo d'illustration: Un bébé d'un mois. — SUPERSTOCK/SIPA

Pour la première fois de son histoire, la très influente Académie américaine de pédiatrie (AAP) a conclu dans un rapport publié lundi qu’il est plus sain pour les jeunes garçons de se faire circoncire, rapporte la revue Nature datée du 30 août 2012. L’organisation va même plus loin, en recommandant le remboursement de cette circoncision «préventive» par l’assurance maladie.

«Nous pouvons affirmer que les bénéfices médicaux de la procédure compensent ses risques», indique Douglas Diekema, spécialiste en éthique biomédicale et pédiatre de l’université de Washington, membre du groupe de travail à l’origine de ces recommandations. Le groupe s’appuie sur le résultat d’observations effectuées dans plusieurs pays d’Afrique, montrant selon eux que la circoncision réduit le risque d’infection par le virus du sida dans les rapports sexuels hommes-femmes. Ces observations indiqueraient même un risque réduit d’infection par le papillomavirus humain (VPH) et par l’herpès.

Compensations médicales et économiques

Ces avantages compenseraient les complications courantes de la circoncision (saignements, infections…), qui n’arrivent que dans 2% des cas et sont facilement prises en charge, selon l’AAP, qui rappelle que les complications plus graves sont extrêmement rares. Cette compensation existerait sur le plan médical mais aussi économique, si l’on en croit une étude complémentaire citée par Nature, publiée la semaine dernière par des chercheurs de l’université de Baltimore. Selon eux, le coût de la circoncision pour l’assurance maladie américaine est largement compensé par les économies réalisées grâce à la baisse des taux de sida, de VPH et d’herpès qu’induirait une généralisation de la circoncision. Selon l’étude, chaque circoncision non pratiquée aux Etats-Unis fait perdre 313 dollars au système de santé américain.

Les recommandations de l’AAP ont été accueillies très froidement en Europe, où la circoncision, surtout pratiquée pour des motifs religieux, est beaucoup moins répandue qu’aux Etats-Unis où plus de 50% de la population masculine est sujette à l’ablation du prépuce. Cité par Nature, un spécialiste de l'éthique biomédicale néerlandais a affirmé que l’AAP sous-estimait les risques liés à la circoncision, qui ne devrait selon lui être pratiquée que sur des adultes consentants. Au Royaume-Uni, la présidente de l’Association des pédiatres urologues s’avoue déçue de voir que l’AAP recommande «une intervention mutilatrice et irréversible». Prudente, l'AAP ne va pas toutefois pas jusqu'à plaider pour une systématisation de la circoncision, soulignant que le choix doit revenir aux parents de l'enfant.

En France, où le taux d’hommes circoncis est inférieur à 20% comme partout ailleurs en Europe selon les estimations de l’OMS, la circoncision n’est prise en charge par l’assurance maladie qu’en cas de problème médical avéré nécessitant une intervention.