Agressions de personnels soignants: «Un patient venu pour une crise hémorroïdaire m'a menacée d'un couteau»

TÉMOIGNAGES ictimes, témoins ou acteurs de la violence à l'hôpital, ils racontent leur expérience à «20 Minutes»...

Julien Ménielle

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Les Urgences de l'hôpital Manchester de Charleville-Mézières, le 28 janvier 2010.
Les Urgences de l'hôpital Manchester de Charleville-Mézières, le 28 janvier 2010. — AFP

L’agression d’un médecin aux urgences de l’hôpital de Grenoble dimanche dernier a provoqué l’indignation des syndicats de médecins urgentistes et du ministère de la Santé. Il ne s’agit cependant pas d’un cas isolé. Entre 2006 et 2010, le nombre de cas signalés a presque doublé, passant de 2.690 à 5.090 et poussant la Fédération hospitalière de France à lancer en 2007 une campagne de lutte contre les incivilités à l’hôpital.

Claire se souvient encore de l’agression qu’elle a subie lorsqu’elle était infirmière aux urgences de l’hôpital Saint-Louis à Paris. «Un patient venu pour une crise hémorroïdaire m’a menacée d’un couteau», raconte la jeune femme. Ulcéré d’attendre son tour, l’homme a craqué. «J’étais à l’accueil, j’appelle le patient suivant et il me saute dessus, m’attrape par le cou, passe derrière moi et me met un couteau de boucher sous la gorge», se souvient Claire.

«Niveau prise en charge psychologique, que dalle»

La sécurité tardant à arriver, c’est un médecin et le personnel des urgences qui réussiront à calmer l’homme, au prix d’une injection de neuroleptiques dans le fessier. «On a calmé sa douleur et il est parti avec la police», raconte l’infirmière, qui se souvient s’être fait raccompagner chez elle ce soir-là et avoir eu peur les jours suivants. «Mais niveau prise en charge psychologique, que dalle», regrette-t-elle.

Si l’attente aux urgences est une cause fréquente d’agressivité, le stress en est une autre. Clotilde se souvient avoir passé Noël à l’hôpital où son fils de 9 mois était hospitalisé pour une bronchiolite. «Il y a pas mal de choses qu'on faisait puisqu'on était là, et notamment les nébulisations de Ventoline toutes les quatre heures», raconte-t-elle. Mais l’hospitalisation se prolongeant, la jeune femme devient «à fleur de peau».

«Beaucoup de boulot et pas assez de bras pour tout faire»

«Je me suis fait engueuler par un infirmier que je n'avais encore jamais vu parce que j'avais arrêté trop tôt la nébulisation. Je l'ai couvert d'injures, en lui disant qu'après tout il n'avait qu'à le faire lui-même», se souvient Clotilde. «J'ai d'autant plus honte que ma meilleure amie est infirmière et que je sais qu'ils ont beaucoup de boulot et pas assez de bras pour tout faire», reconnaît aujourd’hui la jeune femme.

Parfois enfin, c’est l’état du patient qui provoque la situation violente. «En psychiatrie, les agressions physiques sont très fréquentes», raconte Laurent, infirmier en psychiatrie qui indique en avoir subi deux en un an et demi d’exercice. Stéphane, infirmier lui aussi, se souvient de son côté d’une intervention du Smur qui avait mal tourné. Appelé pour un malaise dans un centre de sécu, il avait alors installé la patiente dans l’ambulance, quand celle-ci s’est mise à s’agiter.

«J’ai tourné la tête pour protéger mon nez»

«Elle exigeait ses médicaments, le médecin lui a expliqué qu’elle devait d’abord être perfusée, ce qu’elle a accepté», raconte Stéphane. Mais alors que celui-ci tentait de lui poser la perfusion, la patiente lui a porté un violent coup de pied au visage. «J’ai tourné la tête pour protéger mon nez, j’ai pris le coup dans la joue. Et comme elle m’avait raté, elle m’a donné un autre coup de pied dans le thorax qui m’a fait traverser l’ambulance sans toucher le sol», précise l’infirmier.

C’est à nouveau le médecin et les collègues de Stéphane qui maîtrisent l’agitée. Cette dernière ne s’est jamais excusée, et a même menacé de porter plainte contre l’équipe du Smur avant de se raviser. L’infirmier, lui, n’a gardé aucune séquelle. A la différence du médecin grenoblois qui souffre d’un traumatisme crânien et d'un déficit temporaire de l'audition.

Vous êtes soignant? Vous avez été victime ou témoin d’une agression? Racontez-nous votre expérience dans les commentaires ci-dessous.