Ambulances: Dépenser moins en transportant mieux

SANTE Certains médecins prescriraient des transports de malades un peu trop souvent...

Lucie romano

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Un aller-retour en ambulance coûte moins cher qu'une nuit à l'hôpital.
Un aller-retour en ambulance coûte moins cher qu'une nuit à l'hôpital. — A. GELEBART / 20 MINUTES

Les dépenses liées aux transports de patients ont pesé pour plus de 3,7 milliards d'euros en 2010, dernier chiffre officiel délivrés par la Caisse nationale d'Assurance-maladie (Cnam). Cela représente moins de 3% des dépenses totales, mais jusqu'à récemment ces coûts étaient en continuelle progression. L'Etat cherche à mieux les maîtriser.

Prescriptions à la chaîne?

Les agences régionales de santé (ARS) sont désormais chargées de plafonner le volume de prescriptions de transports de certains hôpitaux, à titre expérimental. «Des délégués de la Cnam visitent aussi les généralistes et spécialistes pour les informer», explique Véronika Levendof, de la Caisse d'Assurance-maladie. L'idée, c'est que ceux-ci ne délivrent de prescriptions de transports en véhicule sanitaire léger (VSL), d'un coût moyen de 30 euros, ou en ambulance, trois fois plus cher, que s'ils sont vraiment «justifiés».

Certains médecins spécialistes pourraient avoir la main un peu trop lourde, expliquent plusieurs professionnels sous couvert d'anonymat. Ils n'ont pas de temps à perdre et prescriraient à la chaîne sans trop chercher à contrôler. Certains peuvent aussi céder sous la pression de patients exigeants, raconte un urologue travaillant dans un CHU. «Des patients pourraient venir avec leur véhicule personnel, mais comme ils n'arrivent pas à se garer près de l'entrée de l'hôpital, ils préfèrent demander un bon de transport! Les gens ne se rendent pas comptent de ce que ça coûte. Ils nous disent: J'y ai droit, je le prends.” Mais moi, parfois, je refuse. Certaines personnes qui en ont vraiment besoin en pâtissent» «Il n'y a pas d'abus ou alors dans le sens inverse», explique, au contraire, Luc de Laforcade, le président délégué de la Chambre nationale des services d'ambulances, citant des patients transportés en véhicule léger plutôt qu'en ambulance, « ce qui aboutit à une dégradation de l'état du patient ». Yves Gaubert, de la Fédération Hospitalière de France, qui regroupe les structures publiques, partage cet avis. «L'inflation de transports sanitaires est directement corrélée à l'augmentation des soins ambulatoires (les patients sont soignés et repartent chez eux le soir) et le taxi coûte bien moins cher que s'ils dormaient à l'hôpital.»

A cela s'ajoutent le nombre grandissant d'affections de longue durée (ALD) liées au vieillissement de la population, qui nécessitent de fréquents allers-retours. Les patients viennent enfin de plus loin depuis la restructuration des hôpitaux avec la loi Hôpital, patients, santé et territoires (HPST) de 2009.

Les taxis privés ont la cote

«L'activité VSL (véhicule sanitaire léger) est déficitaire, explique Luc de Laforcade, président délégué de la Chambre nationale des services d'ambulances. La tarification actuelle ne permet pas de couvrir les frais. Du coup, on ne fait presque plus que de l'ambulance.» Ce qui profite aux taxis privés, qui se taillent une belle part de marché dans le transport de patients «assis». La Cnam affirme être en train de revaloriser le tarif du VSL pour soutenir les professionnels.