Fécondation in vitro: «Il y a une chape de plomb en France»

INTERVIEW René Frydman, figure de la procréation médicalement assistée, a répondu aux questions de «20 Minutes»...

Propos recueillis par Alice coffin

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René Frydman, gynécologue-obstétricien, figure de la fécondation in vitro, le 28 février 2011.
René Frydman, gynécologue-obstétricien, figure de la fécondation in vitro, le 28 février 2011. — BATEL/SIPA

Il y a trente ans, naissait Amandine, premier «bébé éprouvette» grâce à une fécondation in vitro (FIV) réalisée par René Frydman. Il a depuis contribué à de nombreuses autres avancées, mais déplore les blocages français.

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Où en est la procréation médicalement assistée en France?

On ne pourrait pas refaire ce qu'on a fait il y a trente ans, à cause du mille-feuille administratif qui entoure ces questions. En France, la recherche sur l'embryon est interdite. Mais autorisée dans certains cas! Cette confusion nuit à l'innovation, ne donne pas des ailes. Alors, bien sûr on a progressé, mais il y a une chape de plomb que n'ont pas nos collègues anglo-saxons.

Question d'idéologie?

Il y a deux lignes de pensée. L'une refuse de dissocier sexualité et procréation, et donc refuse avortement, FIV, recherche sur l'embryon. L'autre donne aux hommes et aux femmes la liberté de maîtriser leur reproduction et de mener des recherches tout en les encadrant.

Cette ligne partage aussi les partis politiques?

C'est trans-courants. Il y a des rétrogrades chez Hollande et des plus ouverts ailleurs. Mais en période électorale, il y a un raidissement. La chasse aux voix fait que le candidat qui vient de se déclarer n'ira pas heurter de plein fouet des mouvements intégristes.

Quelles mesures prônez-vous? La rémunération des donneuses d'ovocytes?

Allons d'abord au bout de notre logique de gratuité. En informant les femmes qu'elles peuvent donner leurs ovocytes, donc en autorisant des campagnes dans chaque hôpital. Ces problèmes concernent 15% des personnes en âge de procréer. C'est de la santé publique, il faut plus informer.

D'autres mesures?

Un bilan de fertilité pour les femmes entre 33 et 35 ans. J'en vois tant entre 40 et 45 ans qui disent «ah, si j'avais su». Cela accélérerait aussi la marche vers la conservation des ovocytes, dont on ne fera pas l'économie. Pourquoi une femme de 33 ans qui n'a pas rencontré son prince charmant, mais veut un jour être mère, ne pourrait-elle conserver ses ovules?