Prothèses mammaires PIP: Elles contenaient bien un additif pour carburants

SANTÉ ean-Claude Mas nie avoir utilisé un additif pour carburant mais...

Julien Ménielle

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Jean-Claude Mas, président de la société Poly Implants  Prothèses (PIP), présente, le 17 janvier 2001 à la Seyne-sur-Mer, une prothèse  mammaire à base de gel de silicone fabriquée par sa société.
Jean-Claude Mas, président de la société Poly Implants Prothèses (PIP), présente, le 17 janvier 2001 à la Seyne-sur-Mer, une prothèse mammaire à base de gel de silicone fabriquée par sa société. — AFP/ERIC ESTRADE

Jean-Claude Mas a longtemps gardé sa composition secrète, mais les mystères du gel expérimental pour prothèses mammaires du fondateur de PIP ont été percés à jour. La prothèse contenait des produits industriels non purifiés, selon RTL qui a obtenu la liste des composants. Une information démentie dans la foulée par l'avocat du mis en cause mais contredite par la version de son fournisseur allemand.

«C’est à la limite du criminel», réagit le chercheur en chimie et en toxicologie André Picot devant la liste présentée par la radio. Le gel contenait en effet quatre produits industriels, commandés en Allemagne et jamais testés, parmi lesquels le Baysilone, utilisé comme additif pour des carburants ou des tubes en caoutchouc , mais aussi le Silopren ou le Rhodorsil, produits inconnus du monde médical.

«M. Mas s'expliquera sur tout ceci dans la semaine»

C’est ce mélange de produits industriels et chimiques non purifiés qui aurait causé un nombre anormal de ruptures sur les prothèses PIP. Le chercheur indique en effet que le cocktail de dissolvants a agi sur l’enveloppe des implants, le ramollissant jusqu’à la fuite. Le produit a pourtant toujours été défendu bec et ongles par Jean-Claude Mas.

«Ce n'est pas vrai du tout. C'est un produit qui existe depuis 1980 et qui était acheté à (l'entreprise pharmaceutique) Rhône-Poulenc. Il ne s'agit pas d'un produit industriel, mais d'un produit alimentaire du même type que ceux qui entrent par exemple dans la composition des rouges à lèvres», a indiqué à Reuters l'avocat de Jean-Claude Mas, Yves Haddad. «Je ne suis pas chimiste, mais M. Mas s'expliquera sur tout ceci dans la semaine», a-t-il promis.

«Trop cher» de le faire homologuer

Pourtant, dans la foulée, le fournisseur allemand Brenntag, premier distributeur mondial de produits chimiques, a confirmé qu'il avait bien fourni du silicone industriel Baysilone, utilisé dans la construction et les équipements électroniques, à la firme française. «Nous avons fourni le produit et les caractéristiques du produit à PIP et nous sommes en contact avec les autorités sanitaires françaises», a précisé à Reuters le porte-parole de Brenntag.

Le fondateur de PIP a d'ailleurs toujours refusé de faire homologuer son gel, selon les témoignages d’ex-employés de la société recueillis par la radio. «Trop cher», avançait alors «l’apprenti sorcier», qui a toujours vanté son produit comme le meilleur du monde, selon les mêmes sources. Décrit comme «un homme brutal et sans états d’âmes», Jean-Claude Mas aurait par ailleurs utilisé des méthodes peu scrupuleuses pour dissimuler la composition de son gel.

Vent de révolte

Documents falsifiés, conteneurs cachés lors des inspections, le tout en ignorant consciencieusement les alertes qui se multiplient, au point de déclencher un vent de révolte contre lui de la part de ses employés. A la fin des années 2000, selon RTL, plusieurs cadres se rebellent contre l’attitude de leur patron. Certains démissionnent, d’autres refusent de signer les documents nécessaires à la diffusion du gel ou demandent par mail d’en stopper sans délai l’utilisation, en vain.

Alors que le nombre de cas de cancers chez des patientes porteuses des prothèses incriminées a désormais atteint la vingtaine, le lien entre la maladie et le gel PIP n’a pas été formellement établi. Le toxicologue André Picot juge cependant «totalement inconscient» le fait d’avoir fait porter sciemment a des patientes des prothèses tout en sachant que leur contenu en favorisait la rupture. L'avocat de quatre victimes, Philippe Courtois, réclame désormais des analyses sur le gel de prothèses «directement prélevées sur les plaignantes» et réclame une étude d'envergure internationale.