La France compte-t-elle vraiment importer du sang pour regonfler ses stocks?

SANTÉ ominique Legrand, directrice médicale de l'Etablissement français du sang, fait le point pour «20 Minutes»...

Julien Ménielle

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Entre 450 et 480 ml de sang sont prélevés sur chaque donneur.
Entre 450 et 480 ml de sang sont prélevés sur chaque donneur. — B. PAVAN / PLEINS TITRES

Peur sur les banques de sang. Le directeur de la Société française de transfusion sanguine (SFTS) Philippe Rouger annonce ce mercredi que, devant l’insuffisance des stocks, le ministère de la Santé envisagerait d’importer des produits sanguins, abaissant ainsi ses exigences en matière de sécurité sanitaire. Le point avec Dominique Legrand, directrice médicale de l’Etablissement français du sang (EFS).

La France manque-t-elle de sang?

Oui et non. Comme tous les ans à cette époque, l’EFS lance une campagne d’appel aux dons pour anticiper sur la baisse de ceux-ci au moment des fêtes de fin d’année et sur l’augmentation en janvier d’interventions chirurgicales programmées mais repoussées après les vacances (comme au moment de la période estivale) . «La réponse a été satisfaisante» en ce mois de novembre puisque les stocks, initialement de 10 jours, sont remontés à 16, indique à 20 Minutes Dominique Legrand.

La situation était-elle inquiétante?

Un peu. «Il fallait remonter au plus vite», explique Dominique Legrand. Le seuil d’alerte est en effet atteint quand les stocks passent sous les 10 jours. La campagne était particulièrement bienvenue cette année, après les deux jours fériés et le pont de novembre, et les intempéries qui ont perturbé la collecte dans le Sud. Par ailleurs, le site de Bordeaux, qui traite le plasma, a été arrêté plusieurs semaines pour des raisons techniques mais a repris progressivement son activité en début de semaine.

L’importation de produits sanguins étrangers a-t-elle vraiment été envisagée?

Oui, mais elle n’a pas été retenue. Le ministère de la Santé a reconnu avoir envisagé cette solution, avant de l’écarter. «On peut toujours envisager toutes les solutions imaginables, mais aujourd’hui cette solutions n’est pas retenue», affirme Dominique Legrand, qui se dit très attachée «au principe éthique du bénévolat».

Cette mesure pourrait-elle être prise à l’avenir?

Seulement dans des cas extrêmes. La France n’importera pas de sang «dans une situation normale», assure Dominique Legrand. Mais faire appel à la solidarité européenne serait envisageable «en cas de catastrophe ou de crise importante», estime Dominique Legrand qui précise cependant qu’«il n’existe pas d’accord formalisé avec l’Europe, même si la France a déjà pu dépanner le Luxembourg». Les plans de secours existants sont toutefois davantage axés sur la réorganisation et l’amplification des collectes en France.

Les mesures d’exclusions des donneurs volontaires ne sont-elles pas trop strictes?

Les autorités les estiment nécessaires pour des raisons de sécurité. Les volontaires ne peuvent pas effectuer de dons si celui-ci leur fait courir un risque ou s’ils ont une pathologie ou présentent des comportements pouvant faire courir un risque au receveur. Ainsi, les personnes atteintes de maladies cardiovasculaires, ceux qui sont porteurs d’une infection ou suivent certains traitements, mais aussi les «hommes ayant eu une relation sexuel avec un homme» ne peuvent notamment pas donner leur sang. «Chaque année, le texte règlementaire est revu», ajoute Dominique Legrand. Certaines contre-indications peuvent être levées, d’autres ajoutées.

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