Dr Marc Schwob, chronobiologiste: «Le changement d’heure est une aberration»

INTERVIEW Irritabilité, infections et troubles du sommeil: le passage à l’heure d’hiver n’est pas sans conséquences sur le corps humain…

Propos recueillis par Nicolas Bégasse

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Le docteur Marc Schwob est psychiatre, chronobiologiste et auteur du livre Les rythmes du corps: Chronobiologie de l'alimentation, du sommeil, de la santé... chez Odile Jacob. Contacté par 20Minutes, il parle du passage à l’heure d’hiver du point de vue de la chronobiologie.

Dans votre ouvrage Les rythmes du corps…, vous qualifiez le passage à l’heure d’hiver et à l’heure d’été d’«aberration». Pourquoi?

Ce qui est une aberration, c’est que ce changement est cyclique, il a lieu chaque année, deux fois par an. On devrait garder la même heure toute l’année. Cela affecte beaucoup l’être humain, surtout les enfants et les bébés. Cela a un impact sur le système immunitaire, et peut provoquer des petites infections virales.

Un rapport de la Commission européenne sur le sujet parle de troubles «de courte durée». Qu’en est-il?

Les troubles sont assez longs chez l’enfant et le petit enfant, ils peuvent durer une semaine. Cela passe par l’irritabilité, le trouble du sommeil ou de l’appétit, les petites infections virales… Avec le changement d’heure, le cortisol (hormone qui agit dans la régulation du rythme biologique, NDLR) sécrété normalement à 5 heures du matin le sera à une heure décalée, pendant une bonne semaine. L’adulte a l’avantage d’avoir des synchroniseurs sociaux, les repas, les horaires de travail, et ne mettra que deux ou trois jours à se remettre du changement d’heure. De plus, à cette époque de l’année, on voit apparaître chez les patients le syndrome de dépression automnale, qui est causé par une baisse de la luminosité. A partir de lundi, ça s’aggravera. C’est une maladie réelle, traitée par la luminothérapie.

On peut passer une vie entière à «subir» ces changements d’heure. Le corps ne peut-il pas s’y habituer?

Le corps ne s’habitue pas aux changements d’heure, parce qu’ils sont trop éloignés, il y a six mois entre l’heure d’hiver et l’heure d’été.

Votre critique du changement d’heure est-elle répandue dans la communauté médicale?

Ce n’est pas moi qui le dis, c’est l’ensemble des chronobiologistes!