Alzheimer: «Le traitement, ce n'est pas pour demain»

INTERVIEW Où en est la recherche, à la veille de la journée mondiale consacrée à la maladie?...

Propos recueillis par Julien Ménielle

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Recherches dans un laboratoire en République tchèque le 1er juin 2011. 
Recherches dans un laboratoire en République tchèque le 1er juin 2011.  — Petr David Josek/AP/SIPA

Une étude pilotée par le professeur Bruno Dubois affirme qu’un traitement déjà utilisé contre la maladie d’Alzheimer se montre bien plus efficace quand il est prescrit très précocement. Quels sont les réels progrès thérapeutiques et les pistes pour la recherche? Le point avec le professeur Mathieu-Pierre Ceccaldi, chef du service de neurologie et neuro-psychologie de l’hôpital de la Timone à Marseille et président du conseil scientifique de France Alzheimer.

Une étude présente des résultats prometteurs dans le traitement de la maladie d’Alzheimer. Où en est la recherche?
Des essais thérapeutiques sont menés depuis plusieurs années. Certains étaient très prometteurs mais tous se sont avérés décevants. La recherche avance mais plus on progresse sur la maladie d’Alzheimer, plus on réalise à quel point elle est complexe, donc difficile à porter sur le terrain thérapeutique. Cela va prendre encore de nombreuses années avant de trouver des traitements qui agissent directement sur la maladie.

Combien d’années environ cela pourrait-il prendre?
Six à dix ans au mieux, peut-être plus. Il faut avoir le courage de le dire: le traitement ce n’est pas pour demain. Les personnes qui sont actuellement touchées par la maladie n’en bénéficieront pas. A l’heure actuelle, nous disposons de traitements qui agissent sur les symptômes, mais pas sur les lésions. Ils n’ont qu’un effet modeste, sur une minorité de personnes.

Y a-t-il quand même des pistes porteuses d’espoirs?
La plus citée est celle du vaccin thérapeutique. Attention, ce n’est pas un traitement qui empêche de développer la maladie, mais une immunisation contre la protéine amyloïde, responsable de lésions cérébrales. Mais ce n’est pas la seule piste. La maladie d’Alzheimer est multifactorielle, à terme on s’achemine vers une polythérapie, c'est-à-dire une combinaison de plusieurs médicaments dont les actions seront complémentaires. Mais la lutte contre la maladie n’est pas que médicamenteuse. Il y a la prise en charge médico-sociale, les activités comme l’art-thérapie ou la musico-thérapie qui améliore la qualité de vie des patients, mais aussi des aidants.