Mediator: Vers une possible mise en examen des laboratoires Servier

SANTE Le groupe a caché le fait que le médicament était un coupe-faim...

M.P. et C.C. avec Reuters

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Une boîte de Mediator, médicament retiré de la vente en novembre 2009 et soupçonné d'avoir causé au moins 500 morts en France.
Une boîte de Mediator, médicament retiré de la vente en novembre 2009 et soupçonné d'avoir causé au moins 500 morts en France. — AFP PHOTO/FRED TANNEAU

La nouvelle révélation dans l’affaire Mediator risque bien de coûter très cher à Servier, à savoir une interdiction d’exercer. Le laboratoire a été convoqué par des juges d'instruction à Paris en vue d'une possible mise en examen, selon son avocat, Hervé Témime.

Les témoignages de plusieurs médecins, «accablants», compilés cet été par la justice et révélés ce mardi par Libération et le site Internet du Figaro, montrent que le laboratoire a délibérément caché la nature de son médicament. Lors de sa mise sur le marché en 1973, il a été présenté comme un antidiabétique alors que ses effets coupe-faim étaient les plus reconnus.

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La justice a notamment interrogé le professeur Charpentier, entré chez Servier en 1968, chargé de rédiger les études pour obtenir les autorisations de mise sur le marché (AMM). D’après Libération, cet éminent médecin a affirmé que son travail avait été truqué pour que le Mediator soit reconnu comme un antidiabétique, en supprimant les références à l’effet coupe-faim. «Il n'y a pas de propriété pour le diabète mise en évidence à l'époque. Le choix du diabète s'explique car c'est un domaine infiniment plus rentable pour les labos», explique le professeur, selon des propos cités par lefigaro.fr. Il s’est également dit «très étonné de voir le Mediator sortir comme antidiabétique car ça n'a rien à voir sur le plan expérimental, ni sur le plan clinique».

Un «puissant anorexigène»

Le professeur Charpentier explique également que «le mot amphétamine était à éviter pour présenter un dossier à l’AMM». Il ajoute également: «Il y a eu une déviation quand ils ont fait de cette action secondaire l'action principale pour qualifier cette molécule d'antidiabétique

Autre audition qui risque de peser lourd dans la balance: celle de Jacques Duhault, entré chez Servier en 1961. Il explique aux juges que «dans les années 60, la règle de base en matière de recherche était de trouver une molécule aboutissant à une diminution de prise alimentaire sans avoir d'effet stimulants centraux». Et dans une étude datée de 1970, signée de sa main, ce même Jacques Duhault qualifie le Mediator de «puissant anorexigène», précise Le Figaro. Selon Libération, à paraître mercredi, le laboratoire aurait également falsifié des documents relatifs à un autre médicament, le Protelos, prescrit pour le traitement de l'ostéoporose most-ménopausique.

Servier nie avoir caché quoi que ce soit

Le Mediator, prescrit comme antidiabétique à plusieurs centaines de milliers de personnes entre 1976 et 2009, est soupçonné d'avoir causé de 500 à 2.000 décès en France. Le laboratoire Servier nie de son côté avoir caché quoi que ce soit. «Les laboratoires Servier n'ont pas trompé les autorités en masquant le fait que le Mediator était un coupe-faim, ce qu'il n'était pas», a assuré Hervé Témime ce mardi matin sur Europe 1. Le laboratoire a également répliqué que ces nouveaux témoins rapportaient des faits vieux de quarante ans et contesté toute tromperie, expliquant que les témoins avaient à ses yeux des problèmes de mémoire.

Le député de Paris Jean-Marie Le Guen (PS), qui avait déjà demandé la mise sous séquestre des biens de Jacques Servier, le patron des laboratoires, a réclamé ce mardi la «mise sous tutelle publique» du groupe. Pour sa part, Eva Joly, candidate d'Europe Ecologie-Les Verts à la présidentielle, s'est félicité de la probable mise en examen des laboratoires Servier, affirmant que les victimes du Mediator ont droit à la vérité et à la justice.