La "peste des oiseaux" en dix questions

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1er, 5 et 6 janvier 2006: décès en Turquie de trois frère et soeurs de Dogubeyazit (est). Ce sont les premiers morts hors d'Extrême-orient.
1er, 5 et 6 janvier 2006: décès en Turquie de trois frère et soeurs de Dogubeyazit (est). Ce sont les premiers morts hors d'Extrême-orient. — Mustafa Ozer AFP
1. Qu’est-ce que la grippe aviaire ?

La grippe aviaire, due à un virus grippal de type H5N1, est connue des scientifiques depuis 1961. Longtemps inoffensif, le virus a largement touché les volatiles à partir de 2003, frappant en Asie oies, canards et diverses espèces d’oiseaux... La première contamination chez l’homme, non expliquée à ce jour, date de 1997, à Hongkong.

2. Comment se transmet-elle ?

Entre oiseaux, le virus se transmet par les fientes. De l’oiseau à l’homme – cas très rares jusqu’à présent, – l’infection se fait, soit par voie digestive, en consommant par exemple des volailles crues ou accidentellement des fientes, soit par voie respiratoire, lors d’un contact rapproché avec l’oiseau. La contamination interhumaine, qui pourrait provoquer une pandémie mondiale, n’a encore jamais été observée.

3. La France peut- elle être touchée ?

C’est possible, selon François Bricaire, chef du service des maladies infectieuses à l’hôpital parisien de La Salpêtrière*, car « on ne peut empêcher les oiseaux migrateurs contaminés provenant de l’est de l’Europe de survoler notre pays et de s’y arrêter, même si la France ne se situe pas sur les grandes routes de migration ». La responsabilité des migrateurs, contredite par les ornithologues, est incertaine pour l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

* Coauteur, avec le Pr Jean- Philippe Derenne, de "Pandémie, la grande menace" (Fayard).

4. Y a-t-il un risque à consommer de la volaille ?

Tous les scientifiques sont formels, il n’y a aucun risque à manger du poulet ou du canard cuits. En cas de contamination, le virus est détruit par une cuisson
à 70 ºC.

5. Le virus représente-t-il une menace pour l’homme ?

La grippe aviaire en Europe ne concerne pour l’instant que les volatiles. La transmission de l’animal à l’homme reste exceptionnelle. C’est la transmission d’homme à homme qui est surtout redoutée par les scientifiques. Pour cela, il faudrait que le virus H5N1 mute. « S’il mute spontanément ou s’il se recombine avec le virus de la grippe saisonnière, on risque d’assister à l’émergence d’un nouveau virus, aussi contagieux que celui de la grippe humaine mais plus dangereux, qui se transmettrait par voie respiratoire », explique François Bricaire. La mutation pourrait aussi s’opérer via le porc, espèce capable d’être infestée à la fois par le virus aviaire et le virus humain.

6. Quelle est la mortalité du virus ?

Près de la moitié des personnes infectées est décédée (88 morts sur 165 cas, selon l’OMS). La mortalité a été estimée à 2 % pour le virus aviaire H1N1 de la grippe espagnole de 1918 – entre 20 et 50 millions de morts dans le monde. En France, l’Institut national de veille sanitaire a évalué à 250 000 le nombre minimal de décès en cas de pandémie.

7. Quels en sont les symptômes ?

Ce sont les mêmes que la grippe classique (fièvre, fatigue intense...). Une diarrhée peut également survenir, « signe inhabituel en cas de grippe saisonnière », selon François Bricaire.

8. Existe-t-il un vaccin antigrippe aviaire ?

Il serait en cours de développement à partir d’une souche aviaire, par le laboratoire Sanofi-Pasteur. Pour François Bricaire, « son efficacité face à un virus mutant doit être considérée comme faible ou nulle. Seul un vaccin issu de la souche mutée responsable de l’épidémie sera le bon. » En cas de pandémie, il faudrait trois à six mois pour le fabriquer à partir de la nouvelle souche.

9. Le vaccin contre la grippe saisonnière est-il efficace ?

Ça dépend. Selon certains spécialistes, il faudrait pour cela que le virus H5N1 se recombine avec le virus humain classique. Les labos pharmaceutiques affirment, eux, que la vaccination est nécessaire.

10. Exitse-t-il un médicament ?

Le Tamiflu, antiviral dont la France devrait se doter à hauteur de 14 millions de boîtes, est potentiellement le plus efficace en cas d’épidémie. A condition d’être pris moins de 48 heures après l’apparition des premiers symptômes. Il serait distribué gratuitement en cas de pandémie.

Bastien Bonnefous et Dr Jean-Marie Daniel
Publié dans l'édition du 17 octobre 2005