Bactérie tueuse: «Si cette souche devait envahir la planète, il y en aurait déjà partout»

INTERVIEW Le spécialiste des bactéries entériques François-Xavier Weill fait le point sur la traque à l'Escherichia Coli en Allemagne...

Propos recueillis par Julien Ménielle
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La bactérie Escherichia coli (E-coli).
La bactérie Escherichia coli (E-coli). — Erbe/Pooley / Rex Featu/REX/SIPA

François-Xavier Weill, chef de l’unité des bactéries pathogènes entériques -relatives aux intestins- de l’Institut Pasteur, revient sur le cas de l’Escherichia Coli enterohémorragique (Eceh) responsable d’une épidémie en Allemagne, et dont la source de contamination n’a toujours pas été trouvée.

Pourquoi l’Escherichia Coli responsable de cette épidémie est-elle si difficile à trouver?

Il est difficile de trouver l’origine de la contamination des aliments parce qu’il n’y a aucune traçabilité. Les interrogatoires sont menés auprès de personnes malades auxquelles on demande ce qu’elles ont mangé il y a plus de 10 jours, à cause des délais d’incubation. De plus, les graines germées ne faisaient peut-être pas partie des premiers questionnaires. Et ces dernières sont souvent oubliées, parce qu’elles font partie d’une salade ou sont utilisées comme décorations de plats.

Les graines germées n’ont-elles pas été disculpées par les dernières analyses?

Non, celles qui ont été testées étaient négatives mais le lot contaminé peut très bien avoir déjà été consommé. La particularité de l’épidémie, qui touche habituellement les enfants sans distinction de sexe, est de toucher des adultes et principalement des femmes. Cela cadre bien avec le type de population qui consomme des graines germées. De plus, leur mode de germination, en milieu humide à 37 ou 38 degrés, correspond aux conditions idéales pour les Escherichia Coli, habituées à vivre dans le tube digestif des animaux à sang chaud, et qui ne peuvent que survivre au-dehors.

Leur résistance n’est-elle pas due à leur mutation, qui a été évoquée?

Le mot mutation fait peur, mais toutes les bactéries mutent en permanence. C’est leur façon de s’adapter aux modifications de l’environnement. La souche actuelle a déjà été isolée en 2005 en Corée, et on n’en a jamais entendu parler avant. Elle s’est juste trouvée au mauvais endroit au mauvais moment, dans un environnement idéal à sa survie, sans quoi les bactéries n’auraient pas été en nombre suffisant pour rendre les gens malades.

A quoi peut-on s’attendre maintenant concernant l’épidémie?

Je suis très confiant, je pense qu’elle est en train de s’arrêter. Il y a toujours un décalage à cause de la période d’incubation, mais on a bien ciblé les facteurs de risques. Il y a eu 600 cas en Allemagne, et les autres ont voyagé dans ce même pays. Si cette souche devait envahir la planète, il y en aurait déjà partout. Pour moi un seul lot a été contaminé, il a été mangé ou retiré et c’est terminé.

La transmission interhumaine n’est pas possible?

Les cas de transmission interhumaine existent, mais essentiellement dans le cas d’enfants atteints. Celui-ci a la diarrhée, un adulte le change, se souille les doigts, se lave mal les mains et les porte à la bouche ou à celle d’un autre enfant. Mais il faut une grand quantité de germes pour rendre malade, et dans les conditions d’hygiène normales, il n’y a quasiment aucune chance de transmission entre adultes.