Se réveiller avec un accent étranger après une opération ou un accident, c'est possible

SANTÉ ne Américaine affirme souffrir du syndrome de l'accent étranger. Difficile à croire, et pourtant...

Julien Ménielle

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Le cerveau et l'intérieur d'un crane visualisés grâce à l'imagerie par résonnance magnétique.
Le cerveau et l'intérieur d'un crane visualisés grâce à l'imagerie par résonnance magnétique. — GOMBERGH/SIPA

Depuis que Karen Butler s’est fait changer toutes les dents du haut, elle parle avec l’accent d’Europe de l’Est. Pourtant, cette quinquagénaire de l’Oregon n’a jamais mis les pieds sur le vieux continent. Et 18 mois après, elle a du mal à croire son dentiste qui lui assure que son défaut d’élocution disparaîtra quand elle sera habituée à sa nouvelle dentition. Karen, elle, en est sûre: elle souffre d’un syndrome de l’accent étranger.

Une cinquantaine de cas

Science-fiction? Non, cette maladie est rare mais bien réelle. Une cinquantaine de cas a été recensée depuis 1941, chez des patients ayant subi un traumatisme crânien ou une atteinte cérébrale. Le premier cas célèbre est celui d’Astrid, jeune Norvégienne touchée par un éclat d’obus après un raid aérien, et qui a gardé comme séquelle un accent allemand très mal vu à l’époque.

Dernier cas en date, celui d’une adolescente croate qui s'est réveillée en 2010 après un coma de 24 heures, incapable de prononcer un mot dans sa langue maternelle, mais parlant couramment celle de Goethe qu’elle venait pourtant à peine de commencer à étudier. Entre temps, une Américaine s’était mise à parler avec l’accent français après un AVC, une autre prenant des intonations russes après une visite musclée chez son chiropracteur.

Problème de rythme et de mélodie

En réalité, le syndrome de l’accent étranger serait une forme d’aphasie, c'est-à-dire un trouble du langage causé par une atteinte des zones cérébrales de la parole. En l’occurrence, c’est la prosodie -la mélodie et le rythme des paroles- qui se trouve modifiée, donnant l’impression d’un accent étranger.

Karen Butler a indiqué ne pas avoir les moyens de payer un scanner cérébral pour vérifier si son cerveau a été endommagé après son intervention chirurgicale. Reste le cas de la jeune Croate, qui ne se contente pas d’un simple accent. «Jadis, ce serait passé pour un miracle», avait commenté à l’époque un expert psychiatre. «Mais nous préférons penser qu'il y a une explication logique. C'est juste que nous ne l'avons pas encore trouvée», avait-il conclu.